‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 293 sur 326 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

De mQS faibles efforts ma vertu se défie.

Je sais qu'en vous voyant, un tendre souvenir

Peut m'arracher du cœur quelque indigne soupir;

Que je verrai mon àme, en secret déchirée.

Revoler vers le bien dont elle est séparée ;

Mais je sais bien aussi que , s'il dépend de vous

De me faire chérir un souvenir si doux.

Vous n'empêcherez pas que ma gloire offensée

N'en punisse aussitôt la coupable pensée ;

Que ma main dailns mon cœur ne vous aille chercher ,

Pour y laver ma honte , et vous en arracher.

Que dis-je ? En ce moment , le dernier qui nous reste ,

Je me sens arrêter par un plaisir funeste* :

Plus je vous parle , et plus , trop faible que je suis ,

Je cherche à prolonger le péril que je fuis.

Il faut pourtant , il faut se faire violence :

Et, sans perdre en adieux un reste de constance ,

Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m' éviter;

' Quelle attendrissante douceur dans ces vers et dans tout ce morceau! Relisez-le depuis ces mots : Enfin, je me cannais , etc., et lisez ensuite celui-ci de Pauline , qui dit à peu près les mêmes choses :

Héla&i cette Tertu , quoique enfin invincible , Ne laisse que trop voir une âme trop sensible. Ces pleurs en sont témoins , et ces lâches soupirs Qn'arradient de nos cœurs les cruels souvenirs : Trop rigoureux effets il'une aimable présence , Contre qui mon devoir a trop peu de défense ! Mais, si vous estimez ce généreux devoir, Conservez-m'en la gloire, et cessez de me voir ; Épargnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte ; Épargnez- moi des leox qu'à regret je surmonte ; Enfin épargnez-moi ces tristes entretiens. Qui ne font qu'irriter vos tourments et les miens.

Polyeucte, acte II , se

Malgré les fautes et les négligences , ces vers disent ce qu*ils doivent dire ; ils ne sont pas mauvais , et les sentiments intéressent. Ceux de Racine pénètrent TAme et enchantent Toreille. Pourc[uoi? c'est qu'il a senti ce que Corneille n'a fait que penser. ( L. )

Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter.

XIPUARÉS.

Ah, madame!... Elle fuit, et ne veut plus m'entendre. Malheureux Xipharës, quel parti dois^tu prendre? On t'aime ; on te bannit : toi-même tu voi^ bien Que ton propre devoir s'accorde avec le sien : Cours par un prompt trépas abréger ton supplice. Toutefois attendons que son sort s'éclaircisse ^ ; Et s'il faut qu'un rival la ravisse à ma foi , Du moins, en expirant, ne la cédons qu'au roi.

* Var. Coun par un prompt trépas abréger ta misère. Toutefoi» observons et Pharnaoe et mon père.

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