ACTE IV, SCÈNE II
SJPUARÈS.
Madame , je ne sais quel ennemi couvert ,
Révélant nos secrets > vous trahit^ et me perd.
Mais le roi^ qui tantôt n'en croyait point Pharnace^
Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.
Il feint; il me caresse y et cache son dessein ;
Mais moi; qui dès l'enfance élevé dans son sein ,
De tous ses mouvements ai trop d'intelligence ^
J'ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance * .
11 presse ; il fait partir tous ceux dont mon malheur
Pourrait à la révolte exciter la douleur.
De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte.
Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte ;
Il a su m'aborder ; et, les larmes aux yeux^
a On sait tout , m'a-tril dit ; sauvez- vous de ces lieux. »
Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine ^ ;
Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène.
Je vous crains pour vous-même; et je viens à genoux
Vous prier, ma princesse , et vous fléchir pour vous.
Vous dépendez ici d'une main violente ,
Que le sang le plus cher rarement épouvante ;
Et je n'ose vous dire à quelle cruauté
Mithridate jaloux s'est souTcnt emporté.
Peulrêtre c'est moi seul que sa fureur menace; Peuirêtre, en me perdant, il veut vous faire grâce : Daignez , au nom des dieux, daignez en profiter ;
' Toute cette scène redouble le péril et la crainte, et fait succéder la terreur au moment d'espérance qu'avait eu Monime. La cruauté dissimulée et caressante de Mithridate est très-bien peinte , et la pièce marche. (L. )
' Nous avons déjà observé ailleurs combien ces expressions de ma reine, de ma princesse» sont peu dignes de la tragédie ; mais du temps de Racine elles étaient reçues , et c'est une des variations que l'usage a introduites dans la langue. Ce cher intérêt, du vers suivant, est une locution trop familière.
Par de nouveaux refus n'allez point Tirriter. Moins vous l'aimez ^ et plus tâchez de lui complaire; Feignez^ efforcez-vous : songez qu'il est mon père. Vivez, et permettez que dans tous mes malheurs Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.
MONIME
Ah! je vous ai perdu!
XIPHARÈS
Généreuse Monime j Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit; Je suis un malheureux que le destin poursuit; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père. Qui le fit mon rival , qui révolta ma mère , Et vient de susciter, dans ce moment affreux , Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.
HONIHfi.
Hé quoi! cet ennemi vous l'ignorez encore?
XIPHAEÉS.
Pour surcroît de douleur, madame, je l'ignore. Heureux si je pouvais , avant que m'immoler ^ , Percer le traître cœur qui m'a pu déceler !
aïONUOE.
Hé bien, seigneur, il faut vous le faire connaître. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce' traître ; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir*. J'ai tout fait : et c'est moi que vous devez punir.
' On a déjà relevé cette faute ailleurs. On ne croyait pas alors que c'en fût une, puisque rien n'était plus facile que de mettre atanX de. Le langage ne se fixe qu'avec le temps. ( L. )
^ L'artifice théâtral parait peut-être un peu trop : c'était encore l'a* sage de présenter des amants qui veulent être tués par leurs maîtresses , et des maltresses qui excitent leurs amants à les tuer. On sait très-bien que ces exhortations sont en pure perte. (G. )