RACINE. — T. II
Messieurs...
DANDIN
Serez-voiis long^ avocal? dites-moi *.
l'intimé.
Je ne réj)onds de rien.
DANDIN
Il est de bonne foi.
L INTimÉ j d'uA toa fialiMDt en fliuuet.
Messieurs , tout ce qui peut étonner un coupable ^ . Tout ce que les mortels ont de plus redoutable , Semble s'être assemblé contre nous par hasar. Je veux dire la brigue et Téloquence. Car, D'un côté, le crédit du défunt m'épouvante;
indiquées ci-dessus, il n'est pas inutile d'observer que ce irait inattendu contre les témoins monceaux (espèce de métier dans la chicane) est de la plus fine satire, et que la manière dont il est amené, à propos de h tète et des pieds <f un chapon , est de la verve comique d'Aristophane , quand elle est de bon goût. ( L. )
' On assure que le premier président du parlement de Paris ût un jour la même question à un avocat nommé Montauban. L'avocat répondit affirmativement, et le président le loua de sa bonne foi. (L. B. }
' Cet exorde est celui de l'oraison de Cicéron pro Quintio ; Patru , en plaidant pour un pâtissier contre un boulanger, s'était servi du même exorde. Cette éloquence avait été autrefois fort à la mode. Bellièvre demandant à la reine Elisabeth la gr&ce de Marie Stuart, dans un lon^ discours que rapporte M. de Tbou , 1 , 86 , non content de raconter plusieurs traits de l'histoire ancienne , cite des passages d'Homère , de Platon et de Callimaque. Du temps de notre poète, nos avocats avaient encore coutume de remonter au déluge , de raconter des faits inutiles a leur cause, de remplir leurs discours de longs passages des anciens, et, pour faire voir leur érudition , de rapporter beaucoup de citations : c'est pour cela qu'on voit ici des passages d'Ovide et de Lucain , et qu'on entend citer non-seulement le Digeste, mais Aristote, Pausanias, etc., etc. Ce qu'il y a de singulier, c'est que personne ne vit le ridicule de cette manière de plaider. La finesse des plaisanteries de Racine ne fut pas sentie. Le parterre ne rit point de ce qu'il appelait des termes de chicane , et la pièce tomba aux premières représentations. (L. R.)