LE RÉPIT
C'est trop en des vœux superflus Perdre les jours de mon bel âge ; C'est trop par des soins assidus D'un ingrat mendier l'hommage :
Dès ce moment ne l'aimons plus ; C'est le seul parti qui soit sage.
Mais ce soir en secret il demande à me voir... Son cœur peut-être a su m'entendre ;
Peut-être que ce soir l'entretien sera tendre.. Aimons l'ingrat jusqu'à ce soir.
LE SERREMENT i)E MAIN
Depuis long-temps je l'adorais ,
Je l'adorais sans espérance ;
En son absence je souffrais ;
Je souffrais plus en sa présence :
J'évitais, cherchais tour-à-tour Le danger, le plaisir de le voir, de l'entendre;
Pour lui j'étais dans un seul jour
Humble , fière , coquette , tendre.
Mobile dans les vœux de mon amour constant ,
On me voyait au même instant Souhaiter qu'il apprît, qu'il ignorât ma flamme.
Lorsque ses regards caressants
S'arrêtaient sur une autre femme , Qu'il semblait plus ému, recueillir ses accents ,
Le chagrin oppressait mon ame.
Cependant, d'un mal qui nous plaît
Je redoutais d'être guérie ; Je tenais bien moins à ma vie Qu'à ce feu qui la dévorait.
O combien , alors que Ton aime, La joie est près de la douleur !
O transports ! dans le moment même Où je succombais au malheur, Sa main incertaine et tremblante Presse timidement ma main, Et porte un trouble heureux dans le cœur d'une amante ! Ce cœur, plus sensible que vain , Ne sut point cacher son ivresse ; Elmandre connut ma tendresse.
Peut-être il pourra me trahir, Et me punir de ma faiblesse ; Mais je ne puis m'en repentir.