‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 8 sur 77 · LE RÉPIT · texte numérisé non relu

LE RÉPIT

C'est trop en des vœux superflus Perdre les jours de mon bel âge ; C'est trop par des soins assidus D'un ingrat mendier l'hommage :

Dès ce moment ne l'aimons plus ; C'est le seul parti qui soit sage.

Mais ce soir en secret il demande à me voir... Son cœur peut-être a su m'entendre ;

Peut-être que ce soir l'entretien sera tendre.. Aimons l'ingrat jusqu'à ce soir.

LE SERREMENT i)E MAIN

Depuis long-temps je l'adorais ,

Je l'adorais sans espérance ;

En son absence je souffrais ;

Je souffrais plus en sa présence :

J'évitais, cherchais tour-à-tour Le danger, le plaisir de le voir, de l'entendre;

Pour lui j'étais dans un seul jour

Humble , fière , coquette , tendre.

Mobile dans les vœux de mon amour constant ,

On me voyait au même instant Souhaiter qu'il apprît, qu'il ignorât ma flamme.

Lorsque ses regards caressants

S'arrêtaient sur une autre femme , Qu'il semblait plus ému, recueillir ses accents ,

Le chagrin oppressait mon ame.

Cependant, d'un mal qui nous plaît

Je redoutais d'être guérie ; Je tenais bien moins à ma vie Qu'à ce feu qui la dévorait.

O combien , alors que Ton aime, La joie est près de la douleur !

O transports ! dans le moment même Où je succombais au malheur, Sa main incertaine et tremblante Presse timidement ma main, Et porte un trouble heureux dans le cœur d'une amante ! Ce cœur, plus sensible que vain , Ne sut point cacher son ivresse ; Elmandre connut ma tendresse.

Peut-être il pourra me trahir, Et me punir de ma faiblesse ; Mais je ne puis m'en repentir.

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