‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 27 sur 117 · VI · texte numérisé non relu

VI

PBRNETTB.

Qui tient le monde encor dans le sang et le deuil ;

De De pas déserter la terre maternelle,

D'y veiller sur les miens, dernière sentinelle ;

Au lieu d'aller servir à ces indignes coups

Qui devaient susciter vingt peuples contre nous.

J'ai bien fait de rester et de jouer ma tête,

Soldat de la défense et non de la conquête,

Pour que l'envahisseur trouvât sur son chemin

Quelques hommes encor debout, la hache en main,

Libres, barrant le seuil du logis des ancêtres

Et montrant ce qu'on peut quand on n'a plus de maîtres

Au moins, je ne meurs pas loin de mon cher pays,

Sous des murs étrangers follement envahis;

Je meurs où j'ai vécu, sur ma terre sacrée.

Sur les fières hauteurs dont je gardais l'entrée.

Nos vieux chênes, prenant mon sang pur à témoin,

Diront à l'ennemi : tu n'iras pas plus loin !

Ici, tous mes trésors comblent ma dernière heure ;

J'ai là tout ce que j'aime et tout ce qui me pleure ;

Je serre en expirant les deux parts de mon cœur.

Ma mère d'une main, et de l'autre... ma sœur !

Et j'ai reçu mon Dieu, présenté par le prêtre

De qui j'ai, tout enfant, appris à le connaître.

J'entends, je puis bénir ces amis attristés,

Comme ils ont codnbattu priant à mes côtés.

Et toi, sous qui des bois je fis l'apprentissage,

Mon bienfaisant docteur, je vois ton cl^er visage.

Nos arbres favoris couvrent mon lit de mort ;

Je les entends gémir, malgré le vent qui dort.

Je sens la fraîche odeur de nos plantes obscures,

Les mêmes dont tu viens de panser mes blessures.

J'ai là cet horizon tant de fois contemplé^

LES NOCBl. 11$

Tout le pays natal à mes yeox déroalé :

Là-bas, la plaine immense où j'ai fait tant de tieaet, Nos étangs argentés et nos collines bleaes, Et ces clochers lointains qui m'ont yq presque tous Devant leurs saints patrons m'arrêter à genoux ; Tout ce monde à la fois si grand et si paisible, Par où je m'élevais vers un monde invisible.

O doux pays, meilleur que tu n'es renommé, Tu perds un de tes fils qui t'ont le plus aimé; Adieu ! reste béni dans les fruits que tu portes, Moissons de pur froment, d'âmes douces et fortes ! Adieu!... »

Sa voix faiblit, une larme roula Sur sa pâle paupière et sa bouche trembla ; Il reprit :

« Au revoir, là-haut, chez notre père...

Ne pleurez pas, priez... je crois, j'aime, j'espère... Je meurs en plein soleil, doucement, au milieu De mes plus chers amours!... Mère !... Pernette 1 Adieu.»

Le silence, un frisson sur sa face ternie, Une froide sueur, annonçaient l'agonie ; Et le pasteur comprit, à des râlemenîs sourds. Que cette âme attendait les suprêmes secours. Les chrétiens, prosternés et comprimant leurs larmes, Pour aider au mourant prirent leurs saintes armes ; La mère étroitement s'empara de son fils, Dans ses mains, sur son cœur colla le crucifix; Et la pieuse foule à ce combat présente Commença l'oraison de l'âme agonisante*

Il6 PERNETTE.

On entendit encor, dans un soupir glacé, Le doiix nom de Jésas faiblement prononcé.

L'esprit, déjà, touchait au ciel par sa foi vive; Mais la lutte éclatait dans la chair convulsire.

Alors P homme de Dieu, le paisible et le fort,

Sentit qu'il était temps de terrasser la mort ;

Ayant reçu le droit de lui parler en maître.

Sur sa face éclatait la majesté du prêtre ;

Et regardant cet homme, un éclair dans les yeux.

Il lui montra l'azur d'un geste impérieux

Et d'une ferme voix :

<f Partez, âme chrétienne.

Lui dit-il : qu'ici-bas plus rien ne vous retienne, De cette chair de mort soyez libre à l'instant ! Elancez-vous! montez! votre Dieu vous attend. »

Le soir encor, du haut des cimes empourprées. De sa rougeur suprême éclairait nos contrées, Plus qu'à demi-caché par les monts, le soleil S'abaissa tout à coup sous son rideau vermeil, Et l'ombre, à larges pas, des forêts aux villages, Glissa rapidement d'étages en étages.

Tour à tour s'éteignaient, en de noirs horizons. Les clochers flamboyants et les blanches maisons. Bientôt, submergeant tout de Tune à l'autre chaîne, La pâleur de la nuit noya l'immense plaine.

Rasant l'herbe et les fleurs, un vent léger et frais. Comme exhalé du sol, souffla vers les forêts ;

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