VI
l8 PERMETTE.
TouS; jusqu'aux amoureux^ faisaient faïence nette.
Et la veuve louait^ avec juste raison,
L'art de sa belle-filie à tenir la maison,
Le repas bien dressé, les recettes savantes,
Le ton respectueux des dociles servantes.
Le linge éblouissant, la salle toute en fleurs.
Les meubles, les rideaux de si fraîches couleurs,
Et, chacun à l'envi flattant la jeune reine.
Ajoutait un éloge à ceux de Madeleine.
Et le sage pasteur répondit doucement.
Afin que cette fête eût son enseignement :
« Il faut tenir paré le logis de famille ;
C'est l'œuvre de l'épouse et de la jeune Bile.
L'homme à ses durs labeurs reviendra plus dispos.
Si dans l'ordre et la grâce il a pris son repos;
Si de frais vêtements, la table bien pourvue.
Ont réparé sa force et réjoui sa vue ;
Si, par les soins discrets et le riant accueil,
La modeste maison lui sourit dès le seuil.
Voyez nos champs, nos bois ! Comme M Providence
Près de l'utilité mit partout l'élégance,
Et, sans nuire aux doux fruits du travail de vos mains
Comme elle orna de fleurs le séjour des humains !
Ainsi, prêtant son charme au foyer domestique,
Un art peut embellir le toit le plus rustique,
Et Dieu garde au moins riche un merveilleux trésor,
La sainte propreté qui change tout en or. »
Le dessert finiuait; déjà, sar la terrasse,
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Fumait le noir café débordant de la taste, Lorsque entra le docteur. Un cordial bonjour, Des baisers, des regrets exprimés tour à tour, De gais propos, l'aspect des deux jeunes visages, Rien de ce front aimé n'écartait les nuages.
A peine voulut-il, soucieux et distrait^ Goûter au fin moka... tout ce qu'il adorait!
En vain on provoquait sa douce raillerie; Il laissait voltiger l'errante causerie, A peine il s'y mêlait d'une phrase, au hasard ; L'abeille avait rentré ses ailes et son dard.
Enfin, le soir venant, il parle, il se résigne :
« Mes amis, on annonce une victoire insigne, Vingt mille prisonniers, des princes, de grands noms. Des fusils, des chevaux, des drapeaux, des canons ! . . En un mot, l'empereur, outre de fortes sommes, Décrète qu'il lui faut cent ou deux cent mille hommes ; Exemptés, libérés, anciens, nouveaux conscrits, Tout ce qui peut marcher, dit-on, sera repris. »
Avez-vous vu, parfois, sous un ciel sans nuage. Moutons, brebis, agneaux dans un vert pâturage, Dispersés, trois à trois, groupés, errant au loin, Trottant, bêlant, broutant le trèfle et le sainfoin? Tout à coup un vent sombre k l'occident s'élève. Un point noir apparaît, vole, grossit et crève; Ety dans la nuit subite où vient à manquer Pair, Roule un tonnerre affreux, luit un sanglant éclair. Stnpide, haletant, le front contre la terre, Sons quelque grand noyer le troupeau se resserre;
aO PERMETTE.
Des moutons efEarés qui se pressent entre «qk^ Les oous ont disptru sons les ventres laineux.
Ainsi, lorsqu'à travers leur £ltc souriante La sinistre nouvelle éolata foudroyante^ Pâles, muets, autour du triste messager, Ces pauvres bonnes gens vinrent tous se ranger. On lui fit répéter la formidable annonce; Mais nul ne se permit un geste, une réponse.
Car chacun, sous la loi de l'illustre empereur. Sentait contre sa bouche un bâillon de terreur; Les âmes se taisaient, la franchise était morte. Et l'espion veillait, dans l'ombre, à chaque porte,
Après quelques moments, le groupe étant resté Lugubre de silence et d'immobilité. Voisins, amis, parents, chacun prétextant l'heure, Abrégeant les adieux, courut à sa demeure; Et du logis, désert comme un jour de trépas, Le curé, le docteur, seuls, ne partirent pasi.
Devant ces vieux amis les sanglots éclatèrent. Et, dans un doute affreux, maints projets s'agitèrent. Et, la porte étant doae, on osa, tout le soir, Maudire ces décrets, sans perdre encor Pespoir.
La nuit vint, séparant, hélas J Pierre et Pernette. Madeleine et son fils gagnent leur maisonnette. Les deux chers conseillers, le bon Jacque auprès d'eux, Suivaient ; ils marchaient tous prompts et silencieux. La veuve*avait son toit sous la tour du vilkge; Là, quelque avis formel* ca dirait davantage;
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Pierre serait exempt... au moins c'était son droit.
Ils longeaient les froments par an sentier étroit, Sombres, foulant les fleurs que des bandes si gaies Répandaient, le matin, en chantant sous les haies.
Et quand s'ouvrit pour eux le seuil de la maison, Une lune sanglante éclairait Phorizon.
CHANT DRUXI&MB