LES ENFANTS SONT PARTIS
Ils sont partis!... un lourd silence Envahit toute la maison ; Ces murs qu'éclairait leur présence Se font noirs comme une prison.
Moi je m'en vais, pauvre âme en peine, Par les chambres, les corridors, Ramassant un jouet qui traîne, Rangeant tous leurs menus trésors.
Sur les tables, près des lits vides, J'ai fermé les livres ouverts ; Et j'arpente, les yeux humides, Le dortoir, l'atelier, déserts.
224 ^B LIVRE d'un père.
Les rois de ces petits royaumes, Où sont-ils, mes oiseaux joyeux?
Je crois voir de sombres fantômes Dans les coins où brillaient leurs yeux.
Adieu le bruit, les jeux... les trêves Où mes maux étaient adoucis ; Me voilà seul avec mes rêves...
Je veux dire avec mes soucis.
I) faut, hélas ! que je vous voie.
Pour vivre un peu, mes chers petits !
Vous êtes ma force et ma joie, Enfants ! et vous voilà partis.
Mais vous allez dans la montagne Remplir de fleurs votre panier.
Et mon esprit vous accompagne, Si mon corps reste prisonnier.
Laissez-moi les trottoirs moroses, Coarez, joyeux, au fond des bois ; Goûtez au miel des grandes choses Où je m'abreuvais autrefois.
Je reste avec mes lourdes chaînes Que Dieu n'a pas voulu briser ; Allez de ma part sous les chênes Rendre à la Muse son baiser.
Allez ! c'est votre tour de vivre Et de fréquenter les hauts lieux,