‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 99 sur 117 · EN PROVENCE · texte numérisé non relu

EN PROVENCE

Je vois briller de ma fenêtre Des nuits plus belles que des jours, On a cru que j'allais renaître...

Et pourtant, je souffre toujours !

La douce maison que j'habite.

Sous l'abri de ses murs épais, Me sourit, m'enchaîne et m'invite  m'épanouir dans sa paix.

Aux propos de la cheminée, Esprit et cœur sont de moitié ; Elle est joyeuse, elle est ornée Et chaude comme l'amitié.

A petits pas nous allons prendre Nos bains d'air pur et de soleil, Et de bonne heure un adieu tendre Souhaite à chacun le sommeil.

L'Ave du soir tinte et s'élance, Volant des clochers aux sommets ; Puis, tout rentre dans le silence...

Et pourtant je ne dors jamais!

Si l'amitié, si la nature Avaient un remède à m'offrir, S'il est un baume à ma blessure, C'est là que je devais guérir.

Mais, puisque je vais, pâle et triste, Au mal rongeur toujours soumis,

270 X>B LIVRE d'un PÈRE.

Puisque ma souffrance résiste A ce soleil, à ces amis,

Chers enfants, il faut que j'achève Ce voyage au pays des fleurs ; Car c'est trop de subir, sans trêve.

Et votre absence et mes douleurs.

Je pense à notre maison pleine De tous ceux à qui j'appartiens...

Réchauffez-moi de votre haleine.

Ouvrez-moi vos cœurs!... je reviens.

Décembre 1873.

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