‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 56 sur 99 · ÉLÉGIE XXVII · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XXVII

SOUFFSE UD moment cDCor: tout n'est que changement; L'axe tourne, mon cœur : souf&e encore uB moment. La vie est-elle toute aux ennuis condamnée?

L'Hiver Aé glace point tous les mois de l'année; L'Eurus retient souvent ses bonds impétueux; Le fleuve emprisonné dans des rocs tortueux Lutte, s'échappe, et va, par des pentes fleuries, S'étendre mollement sur l'heriie des prairies. C'est ainsi que, d'écueils et de vagues pressé, Pour mieux goûter le calme , il faut avoir passé, Des pénibles détroits d'une vie orageuse.

Dans une vie enfin plus douce et plus heureuse. La Fortune, anivant à pas inattendus, Frappe, et jette en vos mains mille dons imprévus; On le dit : sur mon seuil jamais cette volage "SCu mis le pied. Mais quoi! son opulent passage, Moi qui l'attends plongé dans un profond sonunàl, Viendra, sans que j'y pense, enrichir mon réveil.

Toi, qu'aidé de l'aimant, plus sûr que les étoiles, XjC nocher sur la mer poursuit à pleines voiles; Qui sais de ton palais, d'esclaves abondant,

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De diamans, d'azur, d'émeraudes ardent, Aux gouffres du Potose, aux antres de Golconde, Tenir les rênes d'or qui gouvernent le monde, firiitante Déité! tes riches favoris Te fatiguent sans cesse et de vœux et de cris : Peu contente le pauvre, ô belle Souveraine!

Peu : seulement assez pour que, libre de chaîne, Sur les bords où, malgré ses rides, ses rev«^. Belle encor, lltalie attire l'Univ^, Je puisse au sein des arts vivre et mourir tranquille! C'est là que mes désirs m'ont promis un asile; C'est là qu'un plus beau ciel peut-être dans mes flancs Eteindra les douleurs et les sables brûlans.

Là, j'irai l'oublier, rire de ton absence;.

I^, dans un air plus pur respirer, en silence, Et nonchalant du terme où finiront mes jours, La santé, le r^>os, les arts et les amours.

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ÉLÉGIE XXVIIL

Non, je ne l'aime plus : un autre la possède. On s'accoutume au mal que Ton voit sans remèdei De ses caprices vains je De veux plus souflirir; Mon élégiç^en pleurs ne sait plus l'attendrir. Allez, Muses, partez : votre art m'est inutile. Que me font vos lauriers? vous laissez fuir Camille. Près d'elle je voulais vous avoir pour soutien : Allez, Muses, partez, si vous n'y pouvez rien.

Voilà donc comme on aime! On vous tient, vous caresse; Sur les lèvres toujours on a quelque promesse; Et puis... Ah! laissez-moi. Souvenirs ennemis, Projets, attente , espoir, qu'elle m'avait permis ! Nous irons au hameau. Loin, bien loin de la ville, Ignorés et contens, un silence tranquille Ne montrera qu'au Ciel notre asile écarté.

Là, son âme viendra m'aimer en liberté.

Fuyant d'un luxe vain l'entrave impérieuse.

Sans suite, sans témoins, seule et mystérieuse, ■ Jamais d'un ceil mortel un regard indiscret N'osera la connaître, et savoir son sea-et.

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ELEGIES. aoQ

Seul , je vivrai pour elle; et mon âme empressée Epîra ses désirs, ses besoins, sa pensée.

C'est moi qui ferai tout; moi, qui de ses cheveux Sur sa tête, le soir, assemblerai les nœuds.

Par moi, de ses atours à loisir dépouillée.

Chaque jour par mes mains la plume amoncelée La recevra charmante; et mon heureux amour Détruira chaque nuit cet ouvrage du jour.

Sa table par mes mains sera prête et choisie; L'eau pure de ma main lui sera l'ambroisie.

Seul, c'est moi qui serai partout, à tout moment^ Son esclave fidèle et son fidèle amant:

Tels étaient mes projets, qu'insensés et volages Le vent a dissipés paiml de vains nuages!

Âh! quand d'un long espoir on flatta ses désirs, Ou n'y renonce point sans peine et sans soupirs. Que de fois je t'ai dit : « Garde d'être inconstaote; «Le monde entier déteste une parjure amante.

« Fais-moi plutôt gémir sous des glaives sanglans, « Avec le feu plutôt déchire-moi les fiancs. » O honte! A deux genoux j'exprimais ces alarmes; J'allais couvrant tes pieds de baisers et de larmes ; Tu me priais alors de cesser de pleurer :

En foule tes sermens venaient me rassurer.

Mes craintes t'offensaient: tu n'étais pas de celles Qui font jeu de courir à des flammes nouvelles; Mille sceptres oiFerts pour ébranler ta foi,

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Qto ÉLÉGIES.

Eùt-ce été rien au prix du bonheur à^ètee à moi! Avec de tels discours, ah! tu m'aurais fait croire -Aux clartés du soleil dans la Huit ta plus noire. Tu pleurais même; et moi, lent à me deSer, J'allais avec le lin dans les yeux essuyer Ces larmes lentement et malgré toi séchées; Et je baisais ce lin qui les avait touchées.

Bien plus, pauvre insensé! j'en rougis: Inille fois Ta louange a monté ma lyre avec ma voix.

Je voudrais que Vulcain , que l'onde où tout s'oublie Eût englouti ces vers témoins de ma folie.

La même' lyre encor pourrait bien me venger, PerBde! Mais, non, non, il &ut'n'y plus songer. Quoi! toujours un soupir vers elle me ramène! Allons : haïssons-la, puisqu'elle veut ma haine. Oui , je la hais; je jure... Eh ! sermens superflus ! N'ai'je pas dit assez que je ne l'aimais plus!

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