EN PROSE
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London, CoTent-Garden , faood'i lavem.
Tendredi, 3airrili78g,à; bettifadaioir.
CiOXHE je m'ennuie fort ici, après y avoir assez mal dîné , et que je ne sais où aller attendre l'heure de se présenter dans quelque société , je vais tâcb^ de laisser fuir une heure et demie sans m'en apercevoir, en barbouillant un papier que j'ai demandé. Je ne sais absolument point ce que je vaîsécrire: je m'en inquiète peu. Quelque absurde et vide, et insignifiant que cela puisse être (et cela ne saurait guà-e rêtre autai^t que^a conversation de deux Anglais, qui mangent à une table à côté de moi, et qui éç^trclient de tëms en tems quelques mots de français, afin de. me faire voir qu'ils savent ou plutôt qu'ils, ne savent pas ma langue) , je reverr^,peut-êtî«. un jour cette rapsodie, et je ne me rappellerai |)as sans plaisir (car il y en a à se ri^>peler le passé) la triste circonstance qui m'a ^t dîner ici .tout seul.
Ceux qui ne sont pas heureux aiment et cherchent la solitude. Elle est pour eux un grand mal encore plus qu'un grand plaisir : alors le sujet
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de letir chagrin se présente sails cesse à leur inaa-> gination , seul , sans mélange , sans distraction ; ils repassent , avec larmes , dans leur mémoire ce qu'ils y ont déjà repassé cent fois avec larmes; ils ruminent du fiel; ils soufiErent des souffrances passées et présentes; ils souffrent même de l'âvenir; car, quoique un peu d*espérance se mêle toujours au milieu de tout, cependant respérience rend méfiant; et cette iOquliétude est un <ét^ pénible. On ^accôutone à tout, fftétbe à 9&a(Sii». — ^ Oui, TOUS avez f^oas ctAA eAV tritfn vrai. -^ Si cela n'était pk^ vrai, je né viWftiti pftJi. Et vem qui patlez , voûs setiez peut-i^tré mort âus&i'; m» cette funeste Irabitade vient d'an« caàsé'liàMft »nistre : elle vient de ée que la fceuffranoe ti £rtigtté la tête et à flétri l'âme. Cette habitude n'est q^'im total affaiblissement : Tespnt n'a phis assez de force poiir peser châquig-cbo'se , et l'examiner so» son point de vue,' potn' en appeler à la sainte Katuré primitive , et attnqut^ de front les duKs et injustes institutions humaines; l'âme n'a plus assez de force pour' s'infligrit*-' èotttt-tf l'inég^ilé factice établie entre les jlaitvi'es htfmalûs, pour se révolter k l'idée ilè rmjilsttCé', potif Kpoussw le poids qii! î'accài)lé.''Èlïé 'ést'idègradée, descendue , prosteriiéê ; èMe s'^âCcWitume àstrtiflfrir, comme les morts 9*accoùtumedt k supporter la pierre du tombeau ^ cât ifc fte jfrtUvent pas la
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MÉLANGES. 3ig
soulever. Voilà ce que c'est que s'accoutumer k tout , même à soufirir. Dieu préserve mes. amis de cette triste habitude! Les petits chagrins rendent tendre ; les grands rendent dur et farouche. Les uns cherchent la société, les distractions, la couversatton des amis; les autres fuient tout cela : car ils savent que tout cela n'a aucun pouvoir- ■pour les consoler, et ils trouvent injuste d'attrister les antres , surtout inutilement pour soimême. Peut-être aussi ont-ils quelque pudeur de laisser voir à l'amitié qu'elle-même et son do'nx langage , et son' regard caressant , et des serre^ mens de maia, ne peuvent pas guérir toutes les plaies ; et , cependant , la vue et les soins de mes amis m'ont toujours feit àù bien , même s'ils irem'oint pas entièrement guéri.
Mais ici je suis seul , livré k moi-même , soumis à ma pesante fortune, et je n'ai personne sur qui m'appuyer. Que l'indépendance est bonne!
Heureux celui que le désir d'être utile à ses vimx parens et à toute sa fartnillé fie Force pas à're-' noncer à son honnête et itïdêpfeii'daritle'pauvretéf Peut-être un jour je serai riche : putesê alors lefruit de mes peines, de mes cHàgHtîs, âè tabù ennui, épargner à hies proches le même ennui, les mêmes chagrins, les mêmes peines! Pufssent- Hs me devoir d'échapper k l'humiliation! bui ^ ' sans doute l'humiliation. Je sais bien aussi qu*
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rien de pareil ne m'airivera jamais; car cette assurance ne dépend que de moi seul ; mats il est dur de se voir négligé, de n'être pas admis dans telle société qui se croit au-dessus de vous ; il est dur de recevoir, sinon des dédains « au moins des politesses hautaines; il est dur de sentir... quoi? qu'on est au-dessous de quelqu'un; — non; mais il y a quelqu'un qui s'imagine que vous êtes audessous de lui. Ces grands, même les meilleurs, vous font si bien remarquer en toute occasion cette haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes! Ils affectent si fréquemment de croire que la supériorité de leur fortune tient à celle de leur mérite ! Ils sont bons si durement ! Ils mettent tant de prix à leurs sensations et à celles de leurs pareils, et si peu à celles de leurs prétendus iuférieurs! Si quelque petit chagrin a effleuré la vanité d'un de ceux qu'ils appellent leurs égaux, ils sont si chauds, si véhémens, si compatissans! Si une cuisante amertume a déchiré le cœur de tel qu'ils appellent leur inférieur, ils sont si froids, si secs! Ils. le plaignent d'une ipauière si indifférente, et si distraite! coomie les enlans qui n'ont point de peine à voir mourir une fourmi , parce qu'elle n'a point de rapport à leur espèce.
Je ne puis m'empécher de rire intérieurement, lorsque, dans ces belles sociétés, je vois de fréquens exemples de cette sensibilité distinctive,
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MÉLANGES. Sai
et qui De s'attendrit qu'après avoir demandé le nom. Les femmes surtout sont admirables pour cela : dès qu'un prince, qu'elles ont rencontré au bal; dès qu'un grand, qui est leur intime ami, car elles ont dîné avec lui deux fois, est malade, ou affligé, pour avoir perdu une place ou un cheval , elles y prennent tant de part! elles déplorent son malheur de si bonne foi! elles se récrient si pathétiquement! et, véritablement, elles croient être au désespoir; car, presque toutes, étant dépourvues de la sensibilité franche , et vraie , et naïve , s'imaginent que ces singeries et ces vaines simagrées sont en e£Fet ce que l'on entend par ce nom.
Allons ! voilà une heure et demie de tuée : je m'en vais. Je ne sais plus ce que j'ai écrit; mais je ne l'ai écrit que pour moi. Il n'y a ni apprêt , ni élégance. Cela ne sera vu que de moi ; et je suis sûr que j'aurai un jour quelque plaisir à relire ce morceau de ma triste et pensive jeunesse. Puisse un jour tout lecteur en avoir autant à lire ce que j'aurai écrit pour tous les lecteurs!
Œuvres poallianiïii.
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