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orgueil, cet amour de T indépendance qui est dans notre cœur à tous , et que nous avons hérité de notre premier père. Mais de plus ils préparaient par ce moyen la subversion de la morale , où tendaient tous leurs efforts, et à laquelle se rattachait essentiellement leur politique.
« Les vérités de la grâce sont Tâme du christianisme, étant comme le fondement des principales vertus chrétiennes, l'humilité, la vigilance, l'esprit de prière, la gratitude, la crainte, et en même temps la conBance, etc. Qui détruit ces vérités détruit conséquemment toutes les vertus, ou en pervertit l'objet, bornant tous les rapports de l'homme avec Dieu aux bien» temporels, supprimant la distinction des deux alliance», et réduisant le chrétien à la condition de juif. D'autre part, les vérités de la grâce sont nécessaires comme point d'appui à toute la morale, et l'affaiblissement des unes entraîne par nécessité le relâchement ou la ruine de l'autre. Qu'on propose à un
chrétien instruit de ces grandes vérités l'observation d'un devoir difficile, la nature peut d'abord être effrayée de la sainte rigueur du précepte ; mais bientôt la foi se rassure par la considération du secours de Dieu, qui est tout-puissant pour soutenir son serviteur dans la tentation et l'en faire sortir avec avantage. Qu'on propose le même devoir à un fidèle qui a le malheur d'ignorer ces importantes vérités , ou de les
méconnaître, quelque idée qu'on lui ait donnée du pouvoir de son libre arbitre, comme une expérience de tous les instants lui en fait sentir la faiblesse, le vcnlà aussitôt consterné, abattu, désespéré ; il faut, pour te tirer d'embarras, qu'on fasse fléchir la loi en sa faveur, et que ne pouvant l'élever jusqu'au précepte, on rabaisse le précepte jusqu'à lui. Et c'est ce qu'ont fait les casuistes, qu'on entend dire perpétuellement dans leurs livres : Le précepte irait là; mais une telle perfection est au-dessus des forces humaines : il faut se contenter de moins.
« Ces dogmes capitaux une fois écartés, les jésuites se sont donc jetés sur la morale , qu'ils ont exploitée à discrétion. Ils ont commencé par anéantir le grand commandement de Tamour de Dieu, qui comprend tous les autres. Ensuite ils ont attaqué successivement tous les devoirs particuliers, suggérant des ouvertures pour les éluder et s'y soustraire, mettant à l'aise les hommes de toutes les conditions et de tous les états, excusant et autorisant tous les crimes, sans excepter les plus énormes. Finalement, et pour libérer du détail, dans la crainte aussi d'avoir oublié quelque chose, ils se sont fait certains principes généraux, applicables à tous les cas et propres à justifier tous les désordres, tels que leurs principes sur la probabilité, sur l'ignoranfôe et la conscience erronée, et sur le péché philosopbiqtie.
3l0 DÉCADENCE DE L'ÉGLISE
« Par une suite de leurs opinions, et toujours dans la vue de satisfaire la cupidité, ils ont renversé toutes les règles sur l'administration et sur la réception des sacrements. Ils ont supposé que la justice pouvait s'acquérir, de même qu'elle pouvait se perdre et se perdait communément, avec la plus grande facilité; ce qui n'est pas étonnant d'une justice telle qu'ils se la figuraient. En conséquence , ils ont absous les plus grands pécheurs sans épreuve, sans satisfaction, sans délai, en vertu d'une simple confession , et les ont envoyés immédiatement à la sainte table. Ils les ont reçus avec la même indulgence autant de fois qu'ils se sont présentés, croyant ou feignant de croire à chaque fois qu'ils étaient sincèrement convertis, et que la vie chrétienne pouvait ainsi se passer dans une continuelle alternative de vie et de mort , de justice et de péché , d'amendements et de rechutes. Ils agissaient en cela conformément^à leur principe que l'homme est maître de son salut, et que sa volonté, parfaitement en équilibre, est toujours en état de faire pencher la balance du côté qu'il lui plaît.
« Pour fixer les pécheurs dans ce funeste état et rendre leur perte irrémédiable, ils avaient soin de les entretenir dans' l'ignorance, et ne cessaient par dessus tout de leur prêcher l'obéissance aveugle à leurs conducteurs, obéissance au surplus justifiée par le probabilisme. A cet effet, ils éloignaient d'eux tous les livres
de religion et de piété dans lesquels ils auraient pu puiser une instruction solide, principalement les Ecritures et les offices de l'Église en langue vulgaire, à quoi ils substituaient de misérables livrets sans substance et sans suc. Par là ils assuraient irrévocable-^ ment leur domination, et prétendaient en même temps rendre service à leurs pénitents, auxquels après tout, selon eux, et dans tous les cas, leur ignorance servait d'excuse.
« Ils joignaient à tous ces principes une grande affectation de zèle pour les papes , auxquels ils devaient leurs privilèges exorbitants, et dont ils exaltaient Iç pouvoir sans bornes, espérant bien en faire leur profit.
« Voilà en abrégé la doctrine jésuitique, telle qu'elle résulte de la bulle Unigenitus, qui l'a canonisée^. »