‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 187 sur 209 · JANSÉNIUS · texte numérisé non relu

JANSÉNIUS

En quoi consiste l'essence de la liberté ? Est-ce à pouvoir faire une chose et à pouvoir ne pas la faire; à pouvoir faire une chose et à pouvoir

4 . Je publie ces noies, si peu développées qu'elles soient, parce que, comme tout ce qu'a laissé l'auteur, elles creusent le sujet et provoquent la réflexion.

Comme il sera plus d'une fois question, dans ce qui suit, des cinq fameuses propositions condamnées par Innocent X , je crois devoir les rapporter ici :

i. Quelques commandements de Dieu sont impossibles à des hommes justes qui veulent les accomplir et qui s'y efforcent selon les forces présentes qu'ils possèdent; et il leur manque la grâce qui les rendrait possibles.

%, Dans l'état de la nature tombée, on ne résiste jamais à la grâce intérieure.

3. Pour mériter et démériter, dans l'état de la nature tombée, il n'est pas nécessaire qu'il y ait dans l'homme une liberté exempte de nécessité, mais il suffit d'une liberté exempte de contrainte.

4. Les semi-pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure pour chaque action, même pour le commencement de la foi ; et ils étaient hérétiques en ce qu'ils voulaient que cette grâce fût telle que la volonté humaine pût y résister ou y obéir.

5. C'est une erreur semi-pélagienne de dire que Jésus-Christ est mort ou qu'il a répandu son sang pour tous les hommes sans exception.

4 . Aliqua Dei praecepta hominibus justis volentibus et conantibus secundùm présentes quashabent vires, sunt impossibilia; deeet quoque gratia quâ possibilia fiant.

2. Tnteriori gratiœ, in statu naturae lapsae, nunquam resistilur.

3. Ad merendum et demerendum, in statu naturœ lapsœ, non rcquiritur in homine libertas a neccssitate, sed sufficit libertas a coactione.

4. Semipelagiani admittebant prœvenicntis gratiœ interioris necessitatemad singulos actus, etiam ad initium fîdei ;et in hoc erant

faire la chose opposée (pouvoir aimer Dieu et pouvoir ne pas l'aimer) ?

Ou bien , est-ce à pouvoir faire ce qu'on veut et à pouvoir ne pas faire ce qu'on ne veut pas ?

C'est de cette seconde manière que Jansénius entend la liberté.

Conçoit-on la liberté de la première manière ? Alors, pour que l'homme soit libre, il faut qu'à chaque instant s'il fait le bien, il puisse faire le mal, et s'il fait le mal, il puisse faire le bien ; que s'il suit la cupidité, il puisse suivre la charité. D'où il résulte que Dieu ne pourrait, sans attenter à la liberté de l'homme, le porter invinciblement à la charité, et, par conséquent, qu'il n'est pas maître de notre volonté ; en d'autres termes, que notre volonté est indépendante de lui, ainsi que notre raison, qui détermine notre volonté. Que si l'homme peut toujours quitter la cupidité pour la charité, il faut que la cupidité ne l'asservisse point, c'est-à-dire qu'il ne soit point dégradé; ce qui implique encore que la raison humaine soit indépendante de la raison divine. De même, les saints ne seraiçnt point libres à moins de pouvoir cesser d'aimer Dieu, et ensuite de pouvoir indifféremment l'aimer ou ne pas l'aimer.

haeretici qubd vellent eam gratiam talem esse, cui posset humana voluntas résistera vel oblemperare.

5. Semipeiagianum est dicere Christum pro omnibus omnino hominibus mortuum esse vel sanguinem fudisse. Éd.

(Pour que ^Jansénius eût enseigné la trcHsiènie pro^ position, il faudrait qu'il eût soutenu que la volonté esl immuable dans le bien comme celle des anges el des saints , ou dans le mal comme celle des démons et des damnés i que, sous Tempire de la charité et de la cupidité, la volonté veut fatalement. Mais la troisième proposition se trouve dans le juste manquant de la grâce *.)

Isolée de la raison divine, la raison bumaine iie comprend rien de nécessaire, d'absolu. La vérité perd sa réalité; elle n'est plus qu'une abstraction, produit arbitraire de la raison , qui ^ dès lors , se trouve indéterminée, susceptible de varier sans cesse. La volonté, devant en suivre les variations, se trouve dans une complète indifférence.

D'un autre côté, si on veut l'indifférenoe dans la vo* Ion té, il faut que la raison ne rencofitre point de vé-

4. Je mets entre parenthèse cet alinéa, qui $e trouve , <iaii8 le' manuscrit, placé à la marge, sans indication de renvoi. On lit encore à la marge de la page suivante : « Sadducéens, attribuant tout au libre arjpiire; Esséniens, attribuant à Dieu tout le bian et non le mal. » Ëd.

t. Le sens de Tauteur est que Jansénius n'a point enseigné directement la troisième propodition , maîB qu'elle est implicitemenl renfermée dans ce qu'il dit de la grâce manquant aux justes, et qui forme la première des cinq propositions condamnées. D'après des indications que présente une page détachée, où il a noté de nombreux passages de VAugustiniLS, l'auteur paraîtrait n'avoir trouvé explicttemeitt dans Jansénius que la première proposition, la deuxième et la cinquième. Éd.

rite ^ui Toblige à juger nécessairement d'une manière pdutôt que d'une autre^

Tout comme l'homme, le saint, Fange ou Bien n'est point libre, ou il peut, par exemple, cesser de s'aimer. Mais, pœr cesser de s'aimer, il faut cpi'il ocs«e de comprendre qu'il doit s'aimer; que la raison en hii s'anéantisse^ et qu'il ne soit qu'une puissance aveugle*

La première manière de concevoir la liberté détruit donc les êtres intelligents. Cette manière pourtant est celle des purnaturistes,

La seconde, qui consiste à pouvoir faire ce qu'on veut et pouvoir empêcher ce qu'on ne veut pas, s'ac^ corde parfaitement avec l'amour immuablement invincible de Dieu pour soi, avec celui des sainte et des anges pour Dieu, et avec l'amour passagèrement invincible soit pour Dieu, soit pour les créatures, et elle implique que la raison humaine dépend immédiatement de la raison divine. Les naturistes tiennent pour cette seconde manière.

La première ne peut se trouver que dans l'indifférence. Elle agit aussi facilement que de tourner le pied à droite ou à gauche^. L'autre va avec la nécessité intérieure et n'exclut que la contrainte [cogente^ premente.)

Jansénius l'expose et la défend...

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