ET PORT-ROYAL
... A notre tour, nous reprocherons à la Revue eccUsidstique d'être exclusivement théologique, quand elle étudie l'existence de l'Église sur la terre, et de ne pas considérer la liaison qui existe entre ses destinées et celles de la société. Elle annonce la prochaine conversion des juifs et de tous les gentils ; depuis longtemps nous l'annonçons aussi. Mais pour l'expliquer et en assigner l'époque, elle ne consulte que les prophéties et les maux de l'Église, comme si une telle révolution allait s'opérer indépendamment de l'état du monde.
Depuis le retour de la captivité, les Juifs n'ont plus leur ancien et terrible penchant pour l'idolâtrie ; mais leur église, c'est-à-dire la synagogue, est corrompue par les subtilités (ou casuisme) , les superstitions et la domination du pharisaïsme ou jésuitisme d'alors ; ce qui annonça la fin du judaïsme.
Chez les gentils, la philosophie grecque prépare aux dogmes spirituels du christianisme ; et la politique romaine, qui réunit tous les peuples sous un même gouvernement, servira à la propagation de l'Évangile.
\ . Voir Réponse à la même Revue, à la fin des Pouvoirs constitutifs de V Église. Éd.
Aux semaines de Daniel correspondait cette préparation.
Aujourd'hui le jésuitisme ou Tultramontanisme, qui est le pharisaïsme d'alors, corrompant la morale par le câsuisme, le culte par les superstitions , le gouvernement par le despotisme, et qui a chassé de l'Église une si grande partie des peuples, qui en chasse chaque jour et aveugle ceux qui restent, qui abaisse incessamment l'Eglise et qui marquerait sa fin si elle devait mourir, comme la synagogue ; le jésuitisme annonce son renouvellement. La Revue le voit, mais ce qu'elle ne voit pas, c'est la préparation sociale, l'établissement de la cité chrétienne, le développement de la civilisation chrétienne : le triomphe de l'homme sur la nature matérielle, les merveilles de l'astronomie, de la physique ; par la théorie de la chaleur, l'atmosphère bientôt soumise au calcul, ainsi que les vents et les pluies.
Cette civilisation, dissolvant toutes les civilisation^ non chrétiennes : judaïsme, brahmisme, confuda-. nisme, ouvre tous les peuples au christianisme.
Les deux témoins doivent s'entendre du clergé et des laïques renouvelés , ou même du clergé avec les laïques et de la civilisation , qui chassent l'erreur et l'ignorance de la nature, et restaurent le règne de Dieu.
La Revue ne paraît pas s'apercevoir que la cause
de la corruption de l'Église est son amalgame avec la société païenne à Constantin...
L'adoration de l'humanité prouve à sa manière la
rénovation chrétienne.
• Cette adoration remonte à Molîna, qui est le contrecoup de Luther, contre-coup de Grégoire VII, successeur de Constantin. Vous remontez à Grégoire VII *. Grégoire VII ne fait que poser comme droit ce qui se passe. La théocratie constantinienne extériore la religion, la transmute en cérémonies, enlève l'homme à l'action intérieure de Dieu , tuant la foi et la charité. Le protestantisme tue l'extérieur, et reporte tellement à l'action intérieure de Dieu qu'il anéantit la nature. Molina la relève trop. Port- Royal l'abaisse trop en théorie. La philosophie du xviii* siècle l'exalte trop , mais abusée par le sentiment de la rénovation.
Le pélagianisme moderne a une autre cause que l'ancien.
Port-Royal : air de secte par ses convulsions. Pour Tadmirer, il faut détourner les regards, et lire l'éloge qu'en fait Colbert, cité par la Revue et par Silvy.
Quesnel est moliniste avec saint Augustin, en disant, dans sa 34' proposition, que l'homme innocent était maître de la grâce et que la persévérance eût été son