A m"^ de LUCINIÈRE
Paris, le 18 juin 1827.
Vous vous justifiez si bien, mon excellente amie, qu'il n'y a pas moyen de ne pas faire la paix; mais je vous déclare qu'elle ne tiendra pas, si je suis trop longtemps sans recevoir de vos nouvelles : il faut absolument que je sache comment vous vous portez toutes et tous. Je ne suis point tranquille sur la bonne Villiers, ni sur Adèle. J'espère qu'à l'arrivée d'Angélique, que mon frère aura le plaisir de voir ces jours-ci à Saint-Brieuc, vous vous partagerez la peine, le travail, le soin, comme vous voudrez l'appeler, de la correspondance avec la Chênaie. Je suis très-fàché du départ d'Antoinette; ce sera une grande privation pour vous. Mais, en vérité, tout le monde part. Mon frère pa hier aussi. Je ne le re verrai qu'au mois de septembre, car je ne compte pas deux jours qu'il m' promis en juillet. Ses établissements l'occupent toutentier, et, gi'âce à Dieu, ils vont à merveille. \oilà M. Frayssinous et ses amis qui attaquent la Société Catholique, la seule œuvre qu'on ait opposée à la propagation des mauvais livres , et l'une de celles qui faisait le plus de bien. Que dites-vous de cela? Ce zèle est-il selon votre cœur ? Il y a des scandales que Dieu permet; mais que le châtiment en sera terrible! On vous aura conté tous les détails, qui font trembler pour l'avenir.
1)K LAMENNAIS. 2oo
C.o ([uo vous nu' niandcz du pauvre L.' l'ail ^raiid" pilit'-. Il est maiiUenant aux eaux avec la famille de S'-. Ces braves j^n'iis ont de lui les soins les plus touchants, mais je doute cju'ils parviennent à f,'uérir sa tête. Je ne connais que vous ([ui pourriez entreprendre, avec apparence de succès, la restauration de cette sagesse délabrée. Elle ressemble à ma santé qui ne se rétablit point. J'allai ces jours derniers avec mon frère à Ploudihen. En y arrivant , je me trouvai mal et trèsmal. Les forces me manipient tout à fait. Cela me dérange bien pour mon travail. La volonté de Dieu! Voyez-vous comme mes bras s'étendent , s'étendent : c'est pour vous embrasser tous ensemlile, y compris mon cher abbé Carissan et ma chère petite Hélène. Priez pour moi; je suis tout à vous du fond de mon cœur.
A la Chênaie, le 18 juin 1827,
Je suis véritablement désolé, mon excellent ami , de tous les embarras que vous occasionne la malheureuse prière que j'ai eu l'indiscrélion de vous faire. Je vous supplie de ne pas vous en tracasser davantage, et de n'y plus penser, à moins que ce que je vous ai demandé ne vous tombât, pour ainsi dire, sous la main.
La dernière brochure de l'abbé Clausel n'était que le prélude d'une violente persécution méditée depuis quelque temps contre la Société Catholique. Frayssinous l'a dénoncée dans le conseil des ministres. M, le Dauphin a dit « qu'elle et le Mémorial ce n'était qu'une même chose, et que celui-ci professait des doctrines très-inquiétantes. » On intrigue pour en détacher le duc de Rivière, et pour empêcher la publication du Bref par lequel le Pape accorde des indulgences à tous ceux qui coopèrent à cette œuvre pieuse. .\ous verrons où aboutissent toutes ces fureurs.