Imprimée dans la Correspondance de J. de Maistre
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me t<'inoijinoz, vous et vos cIk^-ivs c'onii)agik'S. Je le nuM-ilo, je crois, par celui ({uo j'ai pour vous. Je me faisais un houlieur (le passer ma vie au milieu d'amies si sincères, et dans le sein d'une soci(^lé si douce. J'y trouvais la consolation de beaucou|) de chagrins, et une sorte de repos d'âme, dont on sent davantage et le besoin et le prix li mesure qu'on vieillit. C'étaient h\ nos projets, et, au moment où nous les formions. Dieu en ordonnait autrement; il me préparait de nouvelles et plus dures contradictions que je n'avais pu pn'-voir, et dont le résultat est de rendre impossible l'exécution de nos desseins. A cela, que faire? Se soumettre. Qui a résiste à Dieu, et a eu la paix? Je ne vois rien que de fort obscur dans l'avenir qui s'ouvre devant moi. Oii irai-je? je n'en sais rien: peut-être à Konie, où il est possible que ma présence fût utile en ce moment. J'attends, à ce sujet, une réponse d'Italie. Elle tixera mes idées sur ce point. Notre petite Clara continue de se bien porter et d'être fort aimable. Mille respects à sa grand'maman.
Adieu. Vous savez avec quel tendre et inaltérable attachement je suis à vous en N. S.
A la Chênaie, le 5 aATil 1S22.
J'ai reçu votre lettre avec autant de plaisir, mon excellente amie, que j'étais peiné de votre silence. Je me croyais à peu près oublié de vous et de nos autres amies. Je ne pouvais pas d'ailleurs vous écrire, car je n'avais point votre adresse. C'est donc quelque chose de bien étrange que ce n° 5 V ? Je voudrais bien, je vous ass:re, en juger par mes yeux ; mais sérieusement je ne pense pas que ce puisse être encore de si tôt? Trop de raisons me retiennent ici; mon travail, mes affaires que je voudrais un peu arranger, et ([ui ont grand be-
1. Le numéro 54 de la rue des Postes, où s'étaient transportés, après la mort de j\l. l'abbé Carron, quelques débris de la petite communauté des Feuillantines.
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soin (h' rêlrc ; enfin que sais-je ? tout ce qui fait qu'on reste là où l'on est. Et puis vous savez que je n'aime fçuère Paris. S'il ne renfermait pas sept ou huit personnes à qui je suis bien tendrement attaché, je n'y remettrais pas les pieds de ma vie. Si elle dure encore quelques années, cette pauvre vie, j'écrirai certainement celle de notre bon Père'. Je crois que je pense à lui chaque jour davantage ; il m'aime aussi plus que jamais, parce qu'il sait mieux combien je l'aimais lui-même. Quelquefois j'esi)ère qu'il m'obtiendra de le rejoindre l)ientôt. Je n'ai plus de goût à rien sur la terre ; tout mon cœur presque est déjà de l'autre côté du tombeau.
Je vous remercie du soin que vous avez pris de mes effets; un jour cela s'appellera des dépouilles. J'attends mon frère après la Pùque ; il doit venir passer quelques jours avec moi. Sa position est toujours fort triste à Saint-Brieuc, où le mal augmente et ne peut qu'augmenter de plus en plus. Je n'ai pas entendu parler de l'abbé Le Tourneur depuis le carême; la cour l'occupe, je n'en suis pas surpris; c'est une grande fatigue que de prêcher là. Faites-moi le plaisir de me procurer deux bonnes montres d'or pour Marie-Ange et Lise; point de ces petites breloques larges connue une pièce de 2k s., mais des montres qui marquent l'heure, vous entendez bien. Cor trouvera facilement une occasion de les envoyer à Saint- Malo, bien emballées dans une petite boite. \ous vouilrez bien vous rembourser chez lui. jMille choses tendres à vos deux compagnes et au bon M. Carissan. J'embrasse nos deux chères petites. Souvenirs aux domestiques. Adieu, bien chère et bien bonne amie. Quels sont vos projets pour cet été? Priez pour moi qui suis tout à vous.
1. On sait que par ces mots il faut toujours entendre l'abbé Carron. Les relations de Lamennais avec ce digne ecclésiastique s'étaient formées en Angleterre, où l'inépuisable charité de l'abbé Carron s'exerçait plus particulièrement en faveur de ses compatriotes. Les Bourbons avaient appris à l'y connaître, et lui firent, après la Restauration, une large part dans la distribution des aumônes royales.
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