‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 27 sur 213 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

Les chaleurs sont fatigantes , le sdefl est ao lénith, mais l'air est tempéré par des ploies abon-

VOYAGE A L'ILE DE FRANCE

dantes : il me semble même que j*ai éprouvé des chaleurs plus fortes dans quelques jours de Tété à Pétersbourg. An commencement du mois j*ai entendu le tonnerre pour la première fois depuis mon arrivée.

1^ 23 ao matin, les vents étant au sud-est, le temps se disposa à un coup de vent. Les nuages s'aocmnulèrent au sommet des montagnes. Us étaient olivâtres et couleur de cuivre. On en remarquait une longue bande supérieure qui était immobile. On voyait des nuages inférieurs courir lrès>rapidement. La mer brisait avec grand bniit sur les récifs. Beaucoup d'oiseaux marins venaient du large se réfugier à terre. Les animaux domestiques paraissaient inquiets. L'air était lourd etcbaod y quoique le vent ne fût pas tombé.

A tous ces signes qui présageaient Touragan , chacon se hâta d'étayer sa maison avec des arcsbMtf^in^ , et d'en condamner toutes les ouvertures.

Vers les dix heures du soir, l'ouragan se déclara. C'étaient des rafales épouvantables , suivies dTinstans de calme effrayans, où lèvent semblait reprcodre des forces. Il fut ainsi en augmentant pCDdant la nuit. Ma case en étant ébranlée, je passai dans on autre corps de logis. Mon hôtesse fondait en larmes , dans la crainte de voir sa maison éâmite. Personne ne se coucha. Vers le matin, lèvent ayant encore redoublé, je m'aperçus que mt on front de la palissade de l'entourage allait lomber, et qu'une partie de notre toit se soidevait à un des ao^^ : avec quelques planches et des cordes , je 6s prévenir le dommage. En traversant la ooor pour donner quelques ordres , je pensai phweoiis fois être renversé. Je vis au loin des murailes tomber, et des couvertures dont les bardeaux s'envolaient comme des jeux de cartes.

n tomba de la pluie vers les huit heures du matin; mais le vent ne cessa poiut. Elle était rhÊmét horizontalement et avec tant de violence , qu'elle entrait comme autant de jets d'eau par les pins petites ouvertures. Elle gâta une partie de mes

A onze heures, la pluie tombait du ciel par torrens. Le vent se calma un peu; les ravines des montagnes formaient de tous côtés des cascades prodigieuses. Des parties de roc se détachaient avec nn bruit semblable à celui du canon. Elles formaient en roulant de larges trouées dans les bois. Les ruisseaux se débordaient dans la plaine , qui était semblable à tme mer. On n'en voyait plus ni les digues ni les ponts.

A une heure après midi, les vents sautèrent au nord^ouest. Ils chassaient l'écume de la mer par grands nwiges sur la terre. Us jetèrent du port sur

le rivage les navires, qui tiraient en vain du canon : on ne pouvait leur envoyer du secours. Par cea nouvelles secousses, les édlfîces furent ébranlés en sens contraire et presque avec autant de violence. Vers midi ils passèrent à l'est, ensuite au sud. 11$ firent ainsi le tour de l'horizon dans les vingt-quatre heures, suivant l'ordinaire; après quoi tout se calma.

Beaucoup d'arbres furent renversés, des ponts furent emportés. Il ne resta pas une feuille dans les jardins. L'herbe même, ce chiendent si dur, paraissait en quelques lieux rasée au niveau de la terre.

Pendant la tempête , un bon citoyen , appelé Leroux , envoya partout ses noirs , ouvriers , offrir gratuitement leurs services. Cet homme était menuisier. Il ne faut pas oublier les bonnes actions , surtout ici.

On avait annoncé le 23 une éclipse de lune à cinq heures quatre minutes du soir; mais le mauvais temps empêcha les observatioas.

L'ouragan arrive tous les ans assez régulièrement au mois de décembre; quelquefois en mars. Comme les vents font le tour de l'horizon , il n'y a point de souterrain où la pluie ne pénètre. Il détruit un grand nombre de rats, de sauterelles et de fourmis, et on est quelque temps sans en voir. Il tient lieu d'hiver, mais ses ravages sont plus terribles. On se ressonyiendra long-temps de celui de i 760. On vit un contrevent enlevé en l'air, et dardé comme une flèche daas une couverture. Les mâts inférieurs d'un vaisseau de 64 canons, qui étaient sans vergues, furent tors et rompus. Il n'y a point d'arbre d'Europe qui pût résister à de si violens tourbillons. Nous avons vu comment la nature avait défendu les forêts de ce pays.

JANVIER i769.

Temps pluvieux, chaud et lourd. Grands orages, mats peu de tonnerre. Comme les coups de vent sont violens dans cette saison , la navigation cesse depuis décembre jusqu'en avril.

Toutes les prairies ont reverdi , le paysage est plus gai , mais le ciel est plus triste.

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