OU VERLAINE PARLE DE SA MORT A 52 AN
... J'en conclus que son génie sortit, et ne naquit pas, sortit, ne fut pas conçu de cesmalheurs, de ces joies, n'en fut pas conçu, en sortit, naïf et genuine^ suivant l'intraduisible expression anglaise.
C'est vrai qu'il mourut — d'ailleurs jeune encore, 52 ans ! riche, à force de travail, tranquille à force de ce même travail, ayant retrouvé, parmi ces désordres du sang et de la chair, son être, sa dignité, tout ce qu'il fallait inéluctablement qu'il fût, voué ou destiné à cette gloire qu'ua autre, moindre sans doute, mais si grand encore, notre François Villon acquit avec des titres sociaux pires encore.
Et puis ce fut im excessif ! sa faculté attentive en fait la preuve à la rigueur.
MÉMOIRES D'UN VEUF (Feuillets retrouvés.)
Manque de formes.
La Victime, ruinée, couvre Tavoué roux d'un tas de coups de revolver, n'ayant pas d'autre arme sous sa main.
Envoi des clercs. On interroge ce client.
— Ça et ça ?
— Ça et ça.
— Alors pourquoi n'avoir pas. tué voire femme, cause de tout, au lieu de M. Untel qui ne fut que son agent ?
— Parce qu'on ne fusille pas de la m....
Par un de ces hasards qui arrivent rarement,
la Victime s'est évadée du Dépôt des Condam-
a5 janvier i886*
nés et a tué sa femme je ne sais pas avec quoi.
Comme on lui rappelle son dernier propos touchant son avant-dernier crime, propos qui infirmait d'avance toute apologie du crime récent :
— Je me trompais alors, dit-il en tendant ses poings aux menottes. J'ai réfléchi depuis. Il faut que tout le monde meure.
Décembre i885.
Les sots
Extrait d'un manuscrit de la Bibliothèque de M. Honry Houssaye, remis au père de celui-ci, Arsène Houssayc, par Paul Verlaine pour être publié avec deux pièces de MéMoniBS d'un tbuf, Jeux d*enfants et Corbillard, dans V Artiste sous le titre Spectres et Fantoches,
La bonne journée que j'ai passée aujourd'hui ! Mon Dieu, la bonne journée.
J'avais justement feuilleté hier soir, pour la centième fois peut-être, un livre extrêmement spirituel de la fin du xviu® siècle anglais, et je m'étais endormi du sommeil inquiet, nerveux, que procurent d'ordinaire ces sortes de lectures. A mon réveil, pénible s'il en fut, une façon de Frontin-Jocrisse, qui est censé me servir de valet de chambre, m'avertit que quelqu'un désirait me parler. M'étant enquis, touchant le fâcheux, de son sexe et son nom, et obtenant du drôle des renseignements qui m'agréèrent, j'ordonnai qu'il fit entrer. Une demi-seconde après
mes deux mains accueillaient d'une étreinte^ longue, affectueuse et sincère au possible, les deux mains gantées de chevreau-puce du plus ineffable imbécile que je connaisse.
Cet excellent ami croit à Tinfinitésimalité dela Science, est fort lancé dans les théâtres, professe pour tout ce qui n'est pas positif un méprisindicible, et, à ses moments perdus, s'occupe^ de la direction des aérostats. Par-dessus cela, bavard intarissable et confus. Vous ne devinerez jamais avec quelle joie je l'invitai à mon. frugal déjeuner qu'il accepta, médis en sa compagnie de plusieurs personnages à qui nousdevions, lui et moi, quelque reconnaissance, compliquée de quelque argent, et finalement raccompagnai jusqu'à un rendez-vous très lointain qu'il avait. Non ! ma félicité ne fut égalée que par mon attention hilare à lire sur les tables d'un cabaret du boulevard, dans lequel j'entrai tm peu plus tard, quelques revues littéraires, artistiques et bimensuelles, bimensuelles surtout ! Cèdent il y était question, je ne m'en souviens que très vaguement ; au surplus, vous n'avez qu'à parcourir les revues bimensuelles littéraires et ar« tistiques de ces deux prochains mois, et nos arrière-petits-neveux qu'à parcourir les revues analogues du siècle prochain, et nos arrièrepetits-neveux, et vous serez tout aussi bien que
moi au courant des opinions artistiques, littéraires et bimensuelles de Messieurs les rédacteurs des dites publications. Si ma mémoire est bonne, ces critiques éternellement actuels injuriaient le génie, le talent et Tesprit au nom de' théories dont, par exemple, je n'ai gardé aucune remembrance, sinon qu'elles provenaient d'une certaine ignorance renforcée d'une mauvaise foi plus certaine encore. Et puis, comme il faut que le plaisant succède au sévère, le grave au doux, et la poésie consolatrice à cette grondeuse, la logique, ces proses graves étaient suivies de jolis vers librement rimes où les bêtes à bon Dieu grimpaient et cabriolaient sur le cou, duveté comme une prune, de maintes mignonnes cousines à ime foule de chers petits nononcles. Le tout, proses et vers, mis en œuvre par une si impayable niaiserie que j'y faillis mourir d*aise^ comme je viens d'avoir l'honneur de vous le dire. Dans ce même cabaret je pris une absinthe, puis une autre, puis une troisième, ce qui me donna l'appétit nécessaire pour aller dîner chez un petit journaliste pauvre de mes intimes, qui avait convié quelques-uns de ses confrères les plus éminents, et en même temps tout Thébêtement convenable pour hausser ma folle du logis au niveau de la conversation qui suivit cette agape de l'intelligence.
Je rentrai chez moi vers minuit, las, mais non rassasié de bêtise et, pour couronner une journée si bien remplie, n'allai-je pas rêver que toutes les héroïnes d'un théâtre célèbre par ses colonels m'épousaient à tour de rôle ?•••
(fragmbnt inédit et complet d*un dram:
inachevé)
YIVE LE ROY!