CHAPITRE VI
vrage : la baronne Spouasi , satisfaite du zèle et de la discrétion de Philippe, son valet de chambre, a jugé à propos d'en faire son amant. Philippe ne cesse pas d'être au service ; il cumule seulement les deux fonctions. De ce commerce noble et légitime un fils naturel est survenu : c'est Frédéric. Il est élevé par son père , qui lui forme l'esprit et le cœur, lui donne des conseils profonds pour réussir en bonne compagnie, et lui révèle enfin sa naissance. La baronne imite cet exemple, et bientôt meurt comme une sainte: ce sont les termes de l'auteur. Qu'il nous soit permis de borner là notre analyse , sans faire connaître les relations intimes de Frédéric avec une madame de Vignoral, avec une madame de Valmont, ni même avec une Adèle , qu'il finit par épouser. Ce roman est fort inégal : la classe distinguée n'y parle guère son langage ; mais le valet de chambre et son bâtard, qui sont les deux héros du livre, ont toujours les mœurs et le ton qui leur conviennent. A cet égard , M. Fiévée suit avec scrupule les préceptes judicieux d'Horace et de Boileau.
Il nous reste à jeter un coup-d'œil sur quelques traductions des romans étrangers les plus remarquables; et d'abord l'époque nous présente deux traductions nouvelles de Don Quichote : la première est de Florian , qui la publia vers la fin de sa vie, il y a dix-huit ans à peu près ; la seconde
a paru l'année dernière : elle est de M. du Bournial. On sait combien l'ancienne version est rude, inégale, incorrecte. Les morceaux de poésie surtout y sont rendus avec une extrême négligence. Florian, dans ces mêmes morceaux, a montré de l'esprit et du goût; et là, s'il abrège le texte, il est digne d'éloges ; car ces complaintes langoureuses sont trop longues dans l'original. Par malheur, il veut aussi raccourcir toutes les autres parties de l'ouvrage; or, souvent ce sont les beautés qu'il abrège; c'est le génie qu'il supprime; et ce n'est point là de la précision. 11 attiédit la verve de Cervantes; un comique large et franc devient partout mince et discret. On va jusqu'à regretter le vieux traducteur, qui travestit quelquefois, mais qui, du moins, ne mutile pas son modèle, en voulant le perfectionner. M. du Bournial ne mérite aucun des deux reproches : il est simple , et n'est point trivial ; il est surtout copiste fidèle : il l'est au point qu'en plaçant le français à côté de l'espagnol vous reconnaissez, dans la plupart des phrases, la même marche, les mêmes constructions , les mêmes tours ; ce qui donne au style du traducteur un peu de gêne et d'affectation. Nous permettra-t-il de lui donner un conseil ? Comme on s'aperçoit trop aisément qu'il n'a pas l'habitude d'écrire en vers , il devrait s'adjoindre un coopérateur pour la traduction des stances. Aujourd'hui,