‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 115 sur 170 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Un poème en six chants , composé par M. Parceval de Grandmaison , sous le nom des jâmours épiques^ n'est autre chose que l'imitation de six épisodes choisis dans les poètes qui ont illustré l'épopée. Ces sortes d'imitations ne présentent pas autant de difficultés que les traductions exactes; elles exigent bien moins encore le génie nécessaire pour inventer et pour écrire les poèmes originaux : toutefois elles ne sont pas à négliger, quand elles offrent quelques parties de talent. L'ouvrage dont nous parlons est de ce nombre; mais les traductions de l'Enéide et du Paradis perdu ont été publiées depuis; et, dans les deux principaux chants de son poème, M. Parce val s'est trouvé en concurrence avec M. Delille : désavantage qu'il n'avait point cherché. Cependant la supériorité d'un maître ne doit pas fermer nos yeux au mérite d'un élève exercé dans la versification et dans l'art de peindre en poésie. C'est encore parmi les imitations qu'il faut placer XA" chille à Scjros de M. Luce de Lancival. L'auteur doit beaucoup à l'Achilléide de Stace; mais il a lui-même inventé plusieurs incidens; et de nombreux détails lui appartiennent. Le style n'est pas exempt de recherche ; le poème ofiGre peu- d'action pour six chants; peut-être même est-il. défectueux* dans son ordonnance ; mais on y trouve des traiftsr itigéttieux , d'agréables descriptions , des tizades}

a{k> LITTÉRATURE FRANÇAISE.

bien versifiées. Quelques morceaux brillans distinguent aussi les Poèmes Galliques imités par M. Baour-Lormian. Dans ses vers, plus harmonieux qu'énergiques, M. Baour suit avec indépendance la prose anglaise de Macpherson, qui s'est jadis annoncé lui-même comme un simple traducteur d'Ossian , barde écossais du troisième siècle. Des écrivains anglais et allemands placent Ossian sur la même ligne qu'Homère : cette opinion, exagérée, n'est guère admise parmi les littérateurs français. Ossian, quoique sombre et monotone, a des beautés d'un ordre peu commun ; mais cet Homère de l'Ecosse septentrionale est loin de soutenir la comparaison avec l'Homère de la Grèce.

Nous ne parlerons point des poèmes en prose, quoiqu'il ait paru quelques ouvrages sous cette dénomination ridicule; elle était inconnue au dix-septième siècle. La Calprenède, en copiant dans ses romans toutes les formes usitées par les poètes épiques, n'osa pourtant croire qu'il pût trouver place dans un ordre aussi élevé. Quant à l'immortel Fénélon , il était à la fois trop modeste, trop ami du goût, trop attaché aux doctrines de l'antiquité, trop sensible à la véritable poésie, pour donner le nom de poème à son Té^ lémaque. Lamotte, homme de beaucoup d'esprit, vttixè- qui n'avait pas le sentiment des arts , fut le préinier qui mit au rang des épopées ce beau

Page 1