‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 133 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

qui sont restées les modèles du genre. Nous n'af^ firmerons pas que le traducteur ait pleinement réussi dans son entreprise; mais sa jeunesse doit donner beaucoup d'espérance. Plus ses talens se formeront, plus il sentira combien il doit travail 1er encore pour atteindre à cette poésie élégante^ harmonieuse et tendre, pleine de mollesse et d'àbandon, supérieure aux meilleurs vers de Quinault , égale au style charmant de la Bérénice de Racine.

Nous avons déjà remarqué que la plupart des bons romans de l'époque ont été composés par des dames. Il en est aussi quelques-unes à qui nous devons des vers agréables. Les noms de madame de Beauharnais et de madame de Bourdic rappellent des succès mérités dans la poésie. En marchant sur leurs traces, madame de Beaufort s'est placée près d'elles. Un discours sur les Dmsions des gens de lettres^ et plus encore, une Épitre aux Femmes y honorent l'esprit et la raison de madame Constance de Salm. Qui pourrait oublier madame Verdier, si connue par une idylle charmante sur la Fontaine de Vaucluse / Il y a beaucoup de traits heureux dans le recueil des poésies de madame Dufresnoy, surtout dans ses Élégies, où elle semble avoir pris M. de Parny pour modèle : c'est déjà une preuve de goût. Les pièces intitulées le Serment^ V Abandon^ d'autres encore >

a94 LITTÉRATURE FRANÇAISE.

ofifrent des preuves de talent. On ne peut citer avec un intérêt médiocre les six Élégies que madame Babois a publiées sur la mort de sa fille. Le style en est constamment pur, la versification d'une douceur exquise; cette poésie vient du cœur, et du cœur d'une mère. Ce sont des chants de douleur; un objet adoré les remplit; toutes les idées sont de tendres souvenirs, et tous les vers sont des larmes. Nous sommes donc loin de partager l'opinion de quelques hommes difficiles, qui croient devoir interdire aux femmes la culture de ^a poésie et des lettres. L'hôtel de Rambouillet eut des travers dont Molière fit justice; mais ce n'est pas le talent qu'il prétendit tourner en ridicule. L'ennemi de toute affectation aurait aimé le naturel élégant de la Princesse de Clèves. Deux femmes célèbres furent injustes envers Racine : elles eurent grand tort , aussi-bien que Fontenelle , lorsque , dans une misérable épigramme , il dénigrait à-la-fois Esther et Athalie : ses Éloges et son Histoire des Oracles n'en sont pas moins au rang de nos meilleurs livres. Ainsi, malgré des jugemens hasardés, madame de Sévigné reste le modèle du genre épistolaire; et, pour expier sans doute le mauvais sonnet contre Phèdre, madame Deshoulières nous a laissé trois idylles pleines de grâce et de sensibilité. Blâmons des préventions particulières que rien n'excuse; mais ne les combattons point par des

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