‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 142 sur 170 · CHAPITRE X. 3o · texte numérisé non relu

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senti rinutilité du rôle de la reine; celui du chancelier n'est guère plus utile; et c'était bien assez d'un ministre persécuteur. Il serait même à souhaiter que le personnage intéressant du connétable fut lié plus intimement à l'action. En regardant de près Philippe-le-Bel , il faut bien le dire encore, à travers des touches indécises, on cherche , sans la trouver, la physionomie de ce prince remarquable, qui distingua si bien le temps où il devait braver la cour de Rome, et le temps où il pouvait la gouverner en l'invoquant ; qui sut calculer tout son règne; qui, despotique et populaire, fit à la fois du bien et du mal, non par inclination, mais par intérêt, et ne choisit des vertus et des vices que ce qui pouvait lui être utile. Mais quelle dignité imposante, et souvent quelle noble éloquence dans les discours du grand -maître! Quelle heureuse idée que celle du jeune Marigui ^ associé secrètement à ces templiers dont son père a juré la ruine, osant prendre leur défense au fort du péril, révélant son secret quand il ne peut plus que partager leur infortune, ^e dévouant pour eux, mourant avec eux, et commençant, par cet héroïque sacrifice, le châtiment de son père coupable! Voilà un personnage bien inventé, bien jeté au milieu de l'action; voilà des incidens qui produisent un intérêt puissant sur tous les cœurs,parce qu'il est fondé sur la morale ; et cette belle

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conçeptioD tragique, la partie la plus recomniandable de l'ouvrage, suffirait seule pour justifier l'éclatant succès qu'il a obtenu dans sa nouveauté.

Nous avons à parler encore de trois pièces, puisqu'elles ont réussi d'une manière marquée: XAbdélasis de M. de Murville , représenté pour la première fois, il y a seize ans, et remis au théâtre l'année dernière , tient plus du roman que de la tragédie. Le quatrième acte ofiBre cependant des situations fortes, trop fortes même pour l'ensemble de la pièce ; mais on peut, et par conséquent on doit louer dans cet ouvrage ia pureté de la diction, la douceur et l'harmonie des vers. Ces qualités sont au moins aussi remarquables dans le Joseph de M. Baour-Lormian. Une froide intrigue d'amour, une froide conspiration, déparent, il est vrai, cette tragédie. Joseph ne doit être occupé que de son père et de sa famille ; Siméon n'a pas besoin de conspirer pour être odieux ; mais le petit rôle de Benjamin respire la candeur la plus aimable ; l'entretien de cet enfant avec Joseph est d'un intérêt plein de charme; et cette scène, bien conçue, bien écrite, supérieurement jouée, n'a pas contribué médiocrement au succès de la pièce entière. Une scène enti*e Joseph et Siméon mérite aussi d'être distinguée. Au reste, ce sujet a toujours réussi. On voit par une lettre de madame de

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Maintenon que le Joseph de l'abbé Geriest, rej3résenté à la cour, en concurrence avec le chefd'œuvre ^Athalie , le fit tomber pour la seconde fois, long-temps après la mort de Racine. Il ne faut pas trop s'en étonner: les courtisans n'étaient point assez connaisseurs pour apprécier les beautés sévères diAthalie, Joseph présente une fable heu- ■ reuse, pathétique, facile à suivre, facile même à traiter. La pièce est faite dans la Genèse , et mieux que dans toutes les tragédies composées, soit pour le collège, soit pour le théâtre. Lorsqu'on veut tirer un sujet de la Bible, les petites inventions modernes ne peuvent que imire à la vérité du tou général. Le vrai talent consiste à tout emprunter du modèle : c'est ce qu'a senti parfaitement, et ce qu'a fait deux fois notre immortel Racine. Ce grand poète avait trop de goût pour allier des couleurs disparates, et trop de véritable génie pour inventer mal à propos.

\lArtaxerce de M. Delrieu vient d'obtenir aux représentations un succès que la publication de la pièce a diminué, mais qui n'en est pas moins légitime à beaucoup d'égards. C'est une imitatioa d'un célèbre opéra de Métastase. Quelques scènes de fadeur, regardées en Italie comme nécessaires au geio'e du drame lyrique, ont été supprimées avec raison par Fauteur français. Il est fâcheux qu'en récompense il ait ajouté deux premiers ac-

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tes aussi froids qu'inutiles, qui servent d'intro-^ duction à la tragédie, ou plutôt qui forment euxmêmes une tragédie préliminaire. Jamais la duplicité ne fut si évidente; et jamais elle ne fut moins excusable; car le sujet, tel qu'il est traité dans la pièce originale et dans les trois derniers actes de la copie, offre des incidens plus multipliés qu'aucun des chefs-d'œuvre de la scène française, inférieure toutefois à la stène grecque pour la simplicité des compositions. Artaxerce n'est pas d'un effet médiocre. Les rôles de l'ambitieux Artaban et de son vertueux fils, Arbace, offrent un contraste aussi frappant que bien soutenu; et, ce qui vaut mieux encore, du jeu de ces deux caractères naissent les principales situations , entre autres la scène du jugement , et la scène non moins belle qui dénoue la pièce. Le ressort est des plus tragiques; et cette conception de maître honore le génie de Métastase. M. Delrieu a risqué de légers changemens, dont quelques-uns sont heureux :

qu' Arbace arrache des mains de son père le glaive teint du sang de Xerxès : voilà qui est noble et bien trouvé; qu'à l'exemple de Cléopâtre, dans Rodogune, Artaban boive le poison qu'il avait préparé pour un autre usage : voilà qui est conforme aux mœurs de ce personnage, atrocement intrépide; mais qu' Artaxerce porte l'amitié jusqu'à tirer secrètement de prison Arbace, condamné par

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