‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 145 sur 170 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La Comédie.

Corneille , qui créa parmi nous tout l'art dramatique y a laissé un modèle dans la haute comédie. En effet, si Ton peut reprocher plusieurs défauts à la pièce du Menteur^ du moins le caractère^principal est-il admirablement traité. Un génie non moins étonnant, Molière, à qui nul philosophe n'est supérieur, à qui nul poète co^ mique n'est égal , porta tous les genres de comédie à leur perfection. Loin de lui, à des intervalles plus ou moins grands , se font remarquer ses successeurs. On aimera toujours la gaîté ingénieuse et brillante de Regnard; la finesse originale de Dufresny; l'habileté de Destouches, la force comique de Lesage , qui seul atteignit presque Molière dans le chef-d'œuvre de Turcaret. Plus tard, Piron et Gresset , par deux beaux ouvrages , soutinrent la comédie dans son éclat; mais, de leur temps même , on la vit mélancolique avec La Chaussée, minaudière avec Marivaux. Ces défauts réussirent, ou plutôt passèrent, grâce aux qualités qui les rachetaient. On négligea cette remarque;

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et les défauts furent contagieux, bientôt même exagérés. La Chaussée n'avait été qu'attendrissant; on devint sombre; et le style précieux de Marivaux fut surpassé par un jargon ridicule. Telle était parmi nous la comédie, il y a trente ou quarante ans. Bien peu d'auteurs surent éviter à la fois deux écueils également dangereux.

M. Cailhava , qui doit être compté dans ce très-petit nombre , a continué de rester fidèle aux principes de la vraie comédie. C'est dans le commencement de l'époque actuelle qu'il a fait représenter les Ménechmes grecs. C'était utia tentative assez hardie, que d'offrir de nouveau sur la scène un sujet traité par Regnard , avec la verve inépuisable qui distingue les productions de ce charmant poète comique. M. Cailhava, néanmoins, a complètement réussi, en suivant de plus près les traces de Plante quant à l'action, mais en refondant presque tous les caractères de la pièce latine. I^ public s'est empressé de rendre justice à la peinture piquante des mœurs de la* Grèce, à la vérité des situations , au naturel du dialogue , au mérite rare d'une gaîté franche, qui ne dégénère pas en bouffonnerie. Les connaisseurs ont retrouvé dans cet ouvrage le mérite qu'ils avaient senti dans le Tuteur dupé^ comédie qui a fondé la réputation de l'auteur, et qui tient son rang parmi les bonnes pièces d'intrigue composées

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