‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 148 sur 170 · CHAPITRE XL 3a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL 3a

toujours l'auteur du Philinte de Molière parmi nos vrais poètes comiques.

On a vu paraître , dans la même époque , une comédie, célèbre, de Colin d'Harleville ; et déjà ce poète avait affermi sa réputation par trois succès. U Inconstant y son premier ouvrage, offrait, quant au fond du sujet , quelques rapports avec Xlrré' solu;ra2\s^û la pièce de Destouches n'est pas aussi faible d'intrigue que celle de Colin, si les personnages accessoires y sont beaucoup moins négligés, il s'en faut bien que le personnage principal y soit peint d'aussi vives couleurs. L'inconstant n'est pas seulement très-comique; il est encore très-aimable; et ce rôle, un des mieux conçus qu'il y ait au théâtre, est en même temps, pour le style, ce que l'auteur a produit de plus brillant. ^Optimiste et les Châteaux en Espagne étincellent de traits charmans : l'auteur y a prodigué ces détails heureux dont il savait enrichir ses ouvrages; mais on y désirerait, dans les situations, plus de cette force comique, mérite éminent des pièces de caractère, et que les deux sujets semblaient appeler. Ce fut alors que Fabre d'Églantine se mit en concurrence ouverte avec Colin d'Harleville. D'abord, sous le titre du Présomptueux j il refit les Châteaux en Espagne; et la lutte ne lui fut point avantageuse. Bientôt, dans la préface du Philinte de Molière, préfsice indigne

d'une telle pièce , il se permit d'attaquer , sans aucune mesure, et la comédie de Y Optimiste ^ et jusqu'aux intentions morales de l'auteur. A cette hostilité, si convenable aux détracteurs par état, mais si étrange de la part d'un homme de mérite , Colin répondit, comme les vrais talens peuvent seuls répondre, par un excellent ouvrage. Plusieurs qualités manquaient à ses premières productions ; rien ne manque au Vieux Célibataire; le caractère principal est supérieurement dessiné; l'artificieuse gouvernante est d'une vérité parfaite ; chacun des personnages accessoires est ce qu'il devait être; l'intérêt, la force comique, animent les différentes situations ; le style est élégant , le dialogue ingénieux et vif, l'effet général complet; enfin le Vieux Célibataire occupe un rang élevé parmi les comédies du dix-huitième siècle, et, sans contredit, la première place entre les comédies de Colin d'Harleville. Les ouvrages que l'auteur a composés depuis sont loin de mériter autant d'éloges. Toutefois, dans les Mœurs du jour ^ son talent se réveille encore, mais à de longs intervalles. Son style , d'ailleurs plein de naturel et de grâce, s'affaiblissait depuis quelque temps par une manière expéditive, et qui n'était pas exempte d'incorrection; ses vers, souvent dépourvus de césure, ne conservaient plus, des formes de notre poésie , que la rime et le nombre des syllabes. Nous

faisons cette remarque pour les jeunes gens, qui ne l'imitent que trop en ce point, le seul où il soit aisé de l'atteindre , et plus aisé de le surpasser. Les maladies, et les chagrins par qui les maladies deviennent incurables, nous Tout enlevé trop tôt; le sort dont il ne jouissait pas, mais dont il était digne , un sort heureux l'aurait conservé sans doute à l'amitié qui le regrette , et à la scène française qu'il aurait pu long-temps ho^ norer.

Si quelque poète comique devait se croire un rival à craindre pour Colin d'Harleville, c'est assurément M. Andrieux; mais il a préféré d'être ou plutôt de rester son ami ; car il l'était presque dès l'enfance : il l'a constamment aidé de ses conseils, de ses talens même, au point d'écrire une scène entière de V Optimiste; et ce n'est pas la moins bien écrite. M. Andrieux, dans son coup d'essai, la petite pièce ^ Anaximandre ^ s'était distingué de très-bonne heure par cette diction pure , élégante et facile , qu'il a toujours conservée. Les Étourdis firent sa réputation : ce fut à bien juste titre; et, depuis les Folles amoureuses^ il serait peut-être impossible de citer une seule comédie en trois actes qui réunisse, au même degré que les Étourdis^ le charme d'une versification brillante , la gaieté du dialogue , l'originalité des caractères et la piquante variété des situations.

Plus récemment, dans une petite pièce agréable et morale, et lorsque des clameurs violentes s'élevaient contre la philosophie, M. Andrieux s'est honoré lui-même , en sachant honorer la mémoire du philosophe Helvétius. Dans le Souper d'Auteuily c'est à Molière qu'il rend hommage : une intrigue légère, mais intéressante, anime la pièce, égayée souvent par les distractions du bon La Fontaine, et par les saillies plaisantes de LuUi. Le ton de cet ouvrage et du précédent et le choix heureux des sujets devraient éclairer quelques auteurs modernes, qui, n'ayant pas étudié les convenances du théâtre, y présentent dés écrivains médiocres comme des talens supérieurs, ou, ce qui est pire encore, y travestissent, sans le vouloir, des hommes supérieurs en hommes médiocres, et vont jusqu'à leur prêter l'ignoble esprit des calembours. Dans la comédie en cinq actes intitulée le Trésor , M. Andrieux n'a point dégénéré. Une scène de vente a paru surtout fortement comique : elle ne surpasse pas néanmoins la première scène écrite en vers excellens, et l'une des plus belles expositions que puisse offrir notre théâtre. Les qualités distinctives du talent de M. Andrieux sont la finesse et le badinage élégant. Chez les Grecs , Thalie était à la fois Muse et Grâce : c'est un avis donné aux poètes comiques; et personne ne Ta mieux entendu que M. Andrieux. Il

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