CHAPITRE II
narchies tempérées; mais, si M. Pastoret combat sur ce point rautorité de Montesquieu , au moins veut-il des lois douces. Attentif à la garantie des accusés, il rejette les témoins nécessaires, et ce que les criminalistes appellent si impropremenl: la preuve conjecturale : il croit que l'évidence absolue peut seule prouver le délit et motiver la condamnation. Par une conséquence rigoureuse du principe qu'il pose, Tunai^imité des juges lui paraît indispensable pour prononcer la peine capitale : il désire même cette unanimité quand il s'agit de prononcer une peine quelconque. Après avoir, analysé les opinions des plus célèbres phi<losophes, relativement à la peine de mort, il observe que Léopold l'avait abolie en Toscane , sans qu'il en résultât d'inconvénient. Il pense qu elle excède les droits de la société, qu'elle est même contraire à ses intérêts; et, se rangeant à l'avis de Beccària , il appuie de considérations nouvelles cette opinion , combattue fortement par J,-J. Rousseau, et plus fortement par Mably. En suppo?
sant néanmoins que la peine de mort, doive être encore regardée comme la seule suf&sante pour les grands crimes , toute recherche dans les supplices est, aux yeux de l'auteur, indigne des nations civilisées : il développe des idées non moins judiciexises sur quelques peines infamantes,, et trouve, par exemple, une contradiction inexcu-
sable entre une peine temporaire et une marque éternelle d'infamie. La vraie justice, et par conséquent rhumanité : tel est partout l'esprit de cet ouvrage, riche de connaissances, fort de dialectique, embelli par une diction noble et ferme. TAcadémie française lui décerna le prix d'utilité : c'était déclarer l'opinion publique. Le choix de l'Académie honorait l'auteur; le choix du livre honorait l'Académie.
Il y a six ans que M. de Lacretelle a donné au public le recueil de ses œuvres : on y trouve en plus d'un genre des productions intéressantes. Laissant pour d'autres chapitres ce qui n'est pas encore de notre sujet, nous citerons ici les ouvrages où l'auteur applique la philosophie à la législation. Ses principes des conventions civiles annoncent un jurisconsulte éclairé : il développe des vues fécondes dans son écrit sur les diverses fonctions déléguées au ministère public pour la garantie de la société. Il est un de ceux qui ont signalé avec courage et talent les détentions arbitraires , cet horrible abus qui menaçait jadis les citoyens.de toutes les classes , et dans les rapports les moins graves, puisqu'on lançait des lettres de cachet sur la demande des agens du fisc : fait étrange, mais attesté, dénoncé par le vertueux Malesherbes, rédigeant, au nom de la Cour des Aides, des remontrances au roi Louis XV. I^a législation pénale a