‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 45 sur 170 · CHAPITRE III. lai · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. lai

endormie; des vers galans pour madame deGeulis, et; beaucoup de gentillesses du même genre, qui. n'est assurément pas celui de Voltaire. Le croirait-on ? ce Voltaire , à qui La H^rpe devait tant de respect et de tendresse, est pourtant loin d'être épargné dans Timpitoyable gazette. Ses dernières tragédies, si l'on en croit le censeur, n'offrent pas une scène remarquable. On dei^rait lui dire y comme à V archevêque de Grenade: Monseigneur^ plus d^ homélies. Il pou^rr ait finir comme Jean LeclerCy qui^ ne cessant, décrire malgré sa vieillesse^ corrigeait tous les jours une épreui^e qu'on jetait au feu dans son antichambre. En vérité , on a peine rà contenir une indignation légitime, en lisant, sur un homme tel que Voltaire, des plaisanteries si lourdes et si indécentes. Comment La Harpe a-t-il publié son étrange correspondance? Comment, nouveau converti, a-t-il pu y conserver des anecdotes licencieuses , et , ce qui est pire pour un dévot, des sarcasmes irréligieux? Qu'il ait violé, à l'égard de Voltaire, la reconnaissance et. la pudeur, il aura pu les prendre, pour deux vertus philosophiques ; mais comment pèche -t-il sans cesse contre deux vertus chrétiennes : la charité et l'humiUté ? Comment n'a-t-il pas senti qu'il se rendait odieux , en dénigrant sans relâche et sans mesure ses rivaux , ses maitres même , et qu'il se rendait non moins

ridiculç , en prolongeant durant quatre volumes rinterminable cantique de ses louanges éternellement exclusives? Après avoir osé rapprocher le nom de Jean Leclerc du nom le plus imposant des littératures modernes, comment lui-même a-t-il surpassé Bohola, jésuite lithuanien, qui s'avisa de léguer en mourant de l'argent et des méjnoires pour servir à sa canonisation , dès qu'il aurait fait des miracles, mais qui ne songea du moins à rien léguer pour damner ses contemporains? On voit, par l'exemple de La Harpe, en quels égaremens le délire de l'amour-propre peut entraîner un homme de mérite , et d'un mérite très-distingué ; car on doit la justice à ceux même qui furent constamment injusteà. Si La Harpe se rendit malheureux en éprouvant le besoin de haïr, comme Fénélon sentait le besoin d'aimer, il faut le plaindre, sans contester le talent dont il a fait preuve. Ses dédains affectés, ses jalousies réelles, s'oublierotit bientôt avec les productions, médiocres où il lui a plu d'en consigner le témoignage ; mais une foule de morceaux judicieux semés dans les premiers volumes de son Cours de littérature , quelques éloges d'hommes illustres morts depuis long-temps, d'estimables discours en vers, sa traduction du Philoctète de Sophocle, Warwick , et surtout le drame éloquent de Mélanie : tels sont les ouvrages qui soutiendront sa

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