‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 92 sur 170 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ville , soit dans le tableau plus doux d'une humble famille, heureuse sous le toit qui la couvre, au sein du champ qui suffit pour la nourrir ! H n'enfle point sa diction de ces épithètes descriptives tant prodiguées par ceux qui ne font que dénaturer la prose, en voulant y introduire ce qu'ils appellent de la poésie. Averti par une oreille délicate et savante , il ne confond pas non plus l'harmonie indépendante qui sied au langage ordinaire avec le rhythme poétique. Vous ne rencontrez pas, en le lisant , des vers de toute mesure , accumulés et marchant de suite : ce qu'ont affecté plusieurs écrivains modernes , entre autres Marmontel dans ses Incas , mais ce qu'ont toujours évité nos classiques, surtout ceux qui écrivaient également bien en vers et en prose , et qui sont restés doublement modèles. Le talent de M. Bernardin de Saint- Pierre se retrouve dans son Voyage en Silésie^ opuscule agréable , et dont il a orné l'une de nos séances publiques ; il se retrouve encore dans les Arcades y joli roman que l'auteur aurait dû finir. Il éclate avec pompe dans les belles pages de morale, et dans les magnifiques descriptions de ses Etudes de la Nature: mais, parmi ses ouvrages , Paul et Virginie et la Chaumière indienne touchent de plus près à la perfection continue , et doivent être placés , sans aucun doute , au rang des chefs-d'œuvre de la langue. A le considérer

en général , harmonieux et pittoresque , habile à choisir et à placer les mots, les sons, les images, à saisir l'expression la plus vraie du sentiment le plus intime , à s'élever et à descendre avec la nature et comme elle , il se rapproche de Fénélon et de J.-J. Rousseau. Formé par ces grands écrivains, sans les imiter, il les rappelle; il est de la même école ou plutôt de la même famille; on sent que leur génie est parent du sien.

Le petit roman SAtala^ par M. de Chateaubriand , est du commencement de ce siècle : il a fait du bruit ; il est singulier pour la conception , pour la marche et pour le style ; il exige donc un article détaillé. Un sauvage américain, de la nation des Natchès, a quitté son pays pour venir en France. Après avoir été galérien à Marseille y il s'est transporté à la cour de Louis XIV: il y a vu les tragédies de Racine ; il a été l'hôte de Fénélon. De retour en Amérique, il y vieillit tranquille , et c'est à l'âge de soixante et treize ans qu'il raconte une aventure de sa jeunesse à René l'Européen , qui vient s'établir chez les sauvages. Or voici cette aventure en substance : Chactas , yî& d'Outalissiy fils de Miscou, étant pris par Sinaghan , chef des Muscogulges et des Siminoles, est reconnu pour Natché. Sinaghan lui dit : Réjouis-toi , tu seras brûlé au grand village; à quoi il répond ; Foilà qui va bien. Son âge et sa figure

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