ACTE V, SCÈNE III
CARLOS
^ne femme !
Elisabeth, se dévoilant.
Carlos !
/ Que vois-je ? O ciel ! la Reine !
Qui vous guide en ces lieux?
ELISABETH
Un destin qui m'entraîne.
Vos gardes sont séduits; je viens briser vos fers. Ge vieux soldat restait; mon or, mes biens offerts, Rien n'ébranlait sa foi ; mais il avait une âme : Vos malheurs l'ont touché, votre intérêt l'enflamme.
CARLOS
D'Egmont?
Elisabeth.
Est sans péril. Sortez; fuyez ces lieux. Des souterrains, creusés par les rois vos aïeux , Du palais de Madrid mènent jusqu'au rivage Où, parmi des jardins, naissent les flots du Tage; Ce soldat vous conduit ; venez , ne tardons plus : • Laissons le reste au ciel , au temps, à vos vertus.
CARLOS
Plus de temps.
ELISABETH
Les cruels ont rendu la sentence!
CARLOS
Plus de temps; la mort vient, l'éternité s'avance.
Œuvres posthumes. I. 12
Elisabeth.
La mort vient !
CARLOS, au soldat.
Laisse-nous.
LE SOLDAT
Hélas ! je vous entends.
CARLOS
Au cœur d'Élisabeth je lègue tes vieux ans.
LE SOLDAT
Il n'en est pas besoin ; bientôt je vais Vous suivre : J'ai voulu vous sauver, et non pas vous survivre.
(nsort.)
ELISABETH, af>erotYant la coupe.
Ociel!
CARLOS
De mes destins le cours est achevé.
Elisabeth.
Pour ton Élisabeth tu n'as rien réservé !
CARLOS
Vivez ; je suis heureux. Que Philippe m'envie :
M aimer, m aimer long-temps, c'est prolonger ma vie.