‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 119 sur 318 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Et n'ayant rien de grand que le nom de Pompée. Rome vit en nous seuls, et périt avec nous, Si les Dieux aujourd'hui ne guident point nos coups; Mais ce serait trahir sa voix et notre gloire , Qu'attendre plus long-temps la mort ou la victoire.

Je ne sais, mais le ciel, oracle des humains, Au moment dé frapper semble arrêter nos mains. N'allez pas , compagnons , négliger ses présages. Une vapeur sanglante a rougi les nuages ; Les sinistres oiseaux prédisent nos malheurs ; L'airain sur les autels semble verser des pleurs ; De lamentables voix durant les nuits gémissent ; De spectres eflrayans les forêts se remplissent. Hier encor, hier, mes yeux .épouvantés Ont vu s'entrechoquer deux aigles irrités: Tandis que parmi nous, dans ces fatales .plaines, , Tombeau déjà fameux des légions romaines , Le vaincu, frappait l'air de ses, derniers soupirs, , Le vainqueur s'envolait au camp des triumvirs.,

PORCIUS

Dè la haine des Dieux voilà donc lés -ministres ! Qu'importent , Messala , tes augures sinistres ? Ce n'est point sur la foi de ces présages vains Qu'il nous faut reculer le bonheur des Romains. Des guerriers tels5 que nous , des chefs tels que les nôtres , Ce présage est heureux ; n'en écoutons point d'autres.

sia BRUTUS ET CASSIUS.

SÏATILIUS.

Des tyrans aujourd'hui meure l'indigne espoir !

PORGIUS.

Vive à jamais des loi* le vertueux pouvoir ! Yenet) d'uta triple joitg affranchissons le Tibre; Nous resterons oisifs quand nous l'aurons fait libre. Il gémit dans les fers, amis, et nous tardons! Chaque jour, chaque instant qu'ici nous attendons, Est un instant perdu pour le salut de Rome.

BRUTUS

Mots dignes d'un Romain et du fils d'un grand homme !

CASSIUS

Mais songez...

STÀÎ1LIUS.

Combattons, guide2-ntm&.

CASSIUS

Citoyens,

Vous le voulez ; marchons,, vos vœux seront lesiftie&fc.

BRUTUS

J'ai de quoi, Porcius, éprouver ton oourâge.

Le sort contre nous deux à déployé sa rage ;

Il est bien des malheurs qui nous accablent tous;

Mais j'en sais de nouveaux qui n'aocablent que nous.

PORGIUS.

Parle; à tous les revers mon âme est aguerrie.

BRUTUS

Le Ciel a terminé les destins de Porcie.

PORGIUS.

De ma sœur!

Page 1