‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 131 sur 318 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

BRUTUS, CASSIUS, PORCIUS-CATON, MESSALA, STATILIUS, romains.

BRUTUS

Fils de Caton, Albin, Statilius, Labéon , Messala , Straton , Lucilius, Vous, à qui la patrie, à qui les lois sont chères, Vous de qui la vertu , digne encor de nos pères , Ranime de l'Etat les débris expirans; Nos yeux viennent de voir un ami des tyrans* Agrippa s'est flatté de parler à des traîtres-: On nous laissait le choix de ramper sous trois maîtres , Ou d'oser avec eux partager l'Univers:

a3o BRUTUS ET CASSIUS.

Nous avons rejeté la puissance et les fers. Vous ne nous blâmez point ?

PORCIUS

Nous voulons tous vous suivre :

Nous voulons comme vous agir, penser et vivre.

CASSIUS

Ainsi, l'État changé, vous n'attendez plus rien?

STATILIUS

Je t'en fais le serment.

PORCIUS

Nous le jurons.

CASSIUS

Eh bien ,

Conservez dans vos cœurs ces sermens respectables, Et marchons. Les tyrans ne sont plus redoutables. Les craintes sont pour eux, pour eux tout le danger: La gloire est pour nous seuls.

STATILIUS

Et qui pourrait songer A survivre un moment aux ruines publiques, A servir, à ramper sous des lois tyranniques?

PORCIUS

Ah! tout doit imiter l'exemple de Brutus.

STATILIUS

Sans doute : et, de nos chefs si j'aime les vertus, Si je veux, si je dois respecter leur prudence, Je ne suis qu'un soldat, j'espère en ma vaillance: Il faut vaincre ou mourir; c'est la loi des grands cœurs;

ACTE II, SCÈNE V- a3i C'est la vôtre, Romains; nous reviendrons vainqueurs. bru tu s.

Ton ardeur est illustre, et convient à ton âge: Dans les jeunes guerriers j'aime un bouillant courage. Je ne vois parmi nous plus d'esprits incertains : Le ciel va prononcer; Rome est toute en nos mains.

( Brutus et tous les Romains tirent Vépée. )

Vous, dont la majesté ne fut point asservie,

Vous, de qui le trépas éternise la vie,

Vous, guerriers, dont l'Afrique en ses déserts affreux

Etale avec respect les débris généreux ;

Guerriers dignes d'envie; et vous, proscrits augustes,

Vous, mortels vraiment grands, héros libres et justes,

Demi-Dieux des Romains ; cendres *de Cicéron ,

Mânes du grand Pompée et du divin Caton ;

Vous tous, dont les revers, consacrés à la gloire,

Ont de l'usurpateur éclipsé la victoire,

Oh! si, de votre olympe auguste et radieux,

Séjour où la vertu repose au sein des Dieux ,

Oh! si vous présidez aux actions humaines,

Si vos regards sacrés descendent sur ces plaines,

Appuis du nom romain qui n'est plus respecté,

Si vous aimez encor la sainte liberté,

Nos bras se sont armés et pour vous et pour elle;

Voyez quels défenseurs restent à sa querelle;

Voyez vos compagnons, vos amis, vos enfans;

Guidez-les au combat , rendez-les triomphans ;

Ou bien, si Jupiter autrement en ordonne,

BRUTUS ET CÀSSIUS.

Qu'à ces tyrans du moins aucun ne s'abandonne; Et, puisque mourir libre est un destin si beau, Que de tous les Romains ces champs soient le tombeau!

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