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TIBÈRE, PISON

PISON

Nous voilà seuls, Tibère, et vous pouvez m'entendre.

Ce moment , il est vrai , s'est fait long-temps attendre.

Rome ne m'offre plus que des yeux ennemis.

Mes jours sont-ils donnés? mes biens sont-ils promis?

Ah! Tibère est prudent; mais Tibère est-il juste?

On va juger l'ami, le collègue d'Auguste!

On parle de punir;, le glaive est suspendu

Sur un patricien de Numa descendu !

Quelle étrange union conspire à ma ruine !

Le parti de Séjan combat pour Agrippine!

Quoi! ce Fulcinius, apprenti sénateur,

Descend par habitude au rang de délateur!

Et vous le permettez !

TIBÈRE

Votre courroux s'abuse.

On n'est point délateur alors tpxon vous accuse.

*86 TIBÈRE

Ce droit de dénoncer, qui vous semble odieux,

Fut, dans les plus beaux temps, utile à nos aïeux.

Je ne veux point choisir un exemple vulgaire :

Cet orateur fameux, plébéien consulaire,

Cicéron, qui toujours soutint avec éclat

Le sénat près du peuple et le peuple au sénat,

N'a-t-il pas accablé de foudres équitables

Verrès , que protégeaient ses richesses coupables ?

N'a-t-il point accusé l'orgueilleux Lentulus,

L'ardent Catilina, l'effréné Céthégus;

Et, des rois abolis craignant peu l'influence,

Armé contre un Pison sa sévère éloquence?

PISON

Que font ces traits amers avec choix rassemblés ? Notre âge est-il pareil aux temps dont vous parlez? La liberté régnait sur les rives du Tibre : César y règne seul , et seul y reste libre. Chaque mot du sénat par César est dicté. Oui, vous approuvez tout; mon arrêt est porté: Avec l'art de Séjan ces trames sont conduites. César en a, je pense, examiné les suites; Il a vu quels seraient les droits de l'accusé.

TIBÈRE

Il n'a vu qu'un devoir à César imposé, Et dont il faut subir les lois inexorables.

PISON

César, faut-il aussi punir tous les coupables

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