‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 162 sur 318 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

PISON

Oseriez-vous , cruel !...

TIBERE

Un fils qui vous honore; Un fils qui vous chérit, que vous devez chérf¥*

PISON

S'il m'est cher !

TIBÈRE

I Qui pour vous serait prêt à mourir.

PISON

Ah ! je sais de quels traits sa grande âme est capable : Il ne méritait pas un père aussi coupable; Et le seul châtiment que je craigne aujourd'hui , C'est l'affreux désespoir d'être îndigtie de lui , ■•" De lui léguer la honte.

TIBÈRE

Avez-vous pu le croire? 4 La honte! à lui! jamais. Il est né pour la gloire: Déjà même il l'obtient en protégeant vos jours. Eh! quand vous n'auriez pas sesgénéréttx sëcdurs, Quand d'un puissant parti vous péririez victithé, Faudrait-il, en tombant, vous acciiser d*ùrir êrhh'e? Est-ce là ce courage au-dessus du trépas? 1 Les Pisons vos aïeux mouraient dans les combats : A Rome, ils triomphaient d'une ligue-ennetniév On peut braver la mort, mais non pas l'infamie. Que dis-je? votre arrêt est-il donc prononcé? ' Voyez-vous -seulement le débat commencé?

Œuvres posthumes. I. IQ

a9o TIBÈRE.

Est-ce moi qui menace? Ai-je ameuté l'empire?

Agrippine dénonce, et peut-être conspire;

Elle a sur tout ce peuple un dangereux pouvoir.

Agrippine! elle est juste; elle a fait son devoir: Bien plus qu'elle ne croit, sa haine est légitime. Elle sait ma révolte ; elle ignore un grand crime. Vous, pour qui j'ai tout fait, vous qui m'abandonnez, Vous, à qui j'appartiens, mais qui m'appartenez, César, écoutez moins l'orgueil qui vous enivre: Ah ! croyez que pour moi c'est un tourment de vivre Sans gloire, sans vertu, chaque jour poursuivi Par l'impuissant remords de vous avoir servi: Cette peine est horrible, et pourtant je l'affronte; Pour l'honneur de mon fils , j'en dois subir la honte. Rome, l'empire entier, tout se tait devant vous; On ne murmure point, on pleure à vos genoux. Vous seul êtes chargé du soin de ma défense : Consultez-vouç. Demain, si le débat commence, Si ce Fulcinius, dont vous avez fait choix, Si quelque accusateur veut élever la voix, Moi-même «du forfait j'établirai la preuve; Du héros qui n!est plus j'irai chercher la veuve; Pison, par vous coupable et par vous accablé, Paraîtra devant elle au sénat rassemblé : Devant -elle, au sénat, Tibère entendra lire Les ordres qu'en secret il osait me prescrire ; Et, dussent les Romains n'en pas êtne surpris.

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