GUERRIERS
AGRIPPINE
Agrippine.
Aujourd'hui, sénateurs, j'ai dénoncé Pison.
TIBÈRE
Que voulez-vous encore?
AGRIPPINE
Obtenir son pardon.
Son pardon !
AGRIPPINE
Ma démarche a lieu de vous surprendre :
3i8 TIBÈRE.
César, écoutez-moi; sénat, veuillez m'entendre.
TIBÈRE
Parlez.
AGRIPPINE
J'avais rempli mon devoir rigoureux ; Et, bientôt l'abjurant pour un droit généreux, Mon cœur s'applaudissait: j'apprends en mon asile Que demain le pardon pourrait être inutile. Ces guerriers à l'instant sont venus m'annoncer Que Pison par des cris s'entendait menacer, Qu'on demandait sa tête, et qu'un ordre suprême Convoquait le sénat au sein de la nuit même. Leurs voix contre Pison ne s'élèveront plus ; Comme eux je viens le rendre aux vertus de Cnéius. A de longs repentirs mon courroux l'abandonne. Auguste a pardonné : Germanicus pardonne. De ses persécuteurs il fut long-temps l'appui ; Sa veuve en l'imitant reste digne de lui : Il lui suffit des pleurs qu'il vous a fait répandre; Les regrets des Romains ont bien vengé sa cendre ; Et , dût ce pardon même être accusé d'orgueil , Des hommages sanglans souilleraient son cercueil;
TIBÈRE
Qu'entends-je! le sénat peut souffrir ce langage! Romains dégénérés, prêts à tout esclavage, Au gré de son caprice, Agrippine, en un jour, Pourra-t-elle accuser, pardonner tour à tour? Non; que Pison périsse, ou qu'il se justifie.