‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 197 sur 318 · ACTE II, SCÈNE IL 345 N'aura porté si loin le crime et le malheur · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL 345 N'aura porté si loin le crime et le malheur

ŒDIPE

Tu mens au nom du ciel , et le ciel te déteste ; Mais pourquoi, dans ces lieux, ta présence funeste Outrage-t-elle encore un peuple désolé?

TIRÉSIAS

Je ne vous cherchais point : vous m'avez appelé.

ŒDIPE

Insensé! pouvait-on prévoir un tel outrage?

TIRÉSI AS.

Je vous semble insensé : vos parens m'ont cru sage.

ŒDIPE

Qui? Polybe! réponds.

TIRESIAS.

Tout se dévoilera :

Ce jour vous fera naître, et ce jour vous perdra.

ŒDIPE

Des mots mystérieux!

TIRÉSIAS

Œdipe les devine.

Ce qui fit vos grandeurs fera votre ruine.

ŒDIPE

Ah! quand tu dirais vrai, je bénis mes destins: Mon sang est trop p^yé : j'ai sauvé les Thébains.

Enfant, reconduis-moi. La vérité vous blesse: Sachez-la tout entière avant que je vous laisse. C'est en face du peuple, ici, qu'est l'assassin,

Cru long-temps étranger, mais cependant Thébain.

Bientôt privé du jour, qui maintenant l'éclairé,

Sur un trône aujourd'hui, demain dans la misère,

Il ne lui restera qu'un horrible avenir,

Et d'un bonheur passé le cuisant souvenir.

Il se verra le fils et l'époux d'une mère,

L'héritier de la couche et l'assassin d'un père;

Il sera de ses fils frère et père à la fois :

J'ai tout dit Jouissez, régnez, enfant des rois;

Revoyez ce palais où Thèbes vous implore ;

Quand du sein de la nuit, qui les recèle encore,

Apparaîtront au jour ces funestes secrets,

Vous saurez si les Dieux m'ont dicté leurs décrets*

( H sort avec Œdipe et l'enfant. )

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