ACTE III, SCÈNE III
THÉSÉE
Qu'un de vous coure au temple, et qu'on s'arme à l'instant.
Vous, ravisseur impie, et qui sur cette terre.
Au milieu de la paix venez porter la guerre ,
Audacieux Thébain, je devrais vous unir
Aux brigands que les Dieux m'ont chargé de punir!
Antigone est par vous réduite en esclavage ;
Vous subirez son sort; je vous garde en otage:
Qui fait couler des pleurs en répand à son tour.
Quel était votre espoir? répondez sans détour.
De Thèbe ou de Créon dois-je aujourd'hui me plaindre?
JVTa-t-on cru sans pouvoir ou capable de craindre?
Non : vous outragez seul , en vos témérités ,
L'infortune, le ciel et la foi des traités.
Thèbes de vos efforts punira l'insolence,
Alors qu'elle apprendra qu'usant de violence,
Des ennemis d'OEdipe émissaire odieux,
Créon sur ce rivage, à l'aspect de nos Dieux,
Portant sur le malheur une main sacrilège ,
Osa des supplians braver le privilège.
CRÉON
N'écoutez point, Thésée, un injuste courroux, La fille de nos rois doit vivre parmi nous. Vos peuples sont vaillans; mais je sais que la Grèce Autant que leur courage estime leur sagesse. Vous régnez en ces lieux; je suis donc assuré Que le crime en ces lieux ne peut être honoré, * Qu'on n'y sait point aimer ceux que le ciel déteste^
Œuvres posthumes. I. 2 7
4i8 ŒDIPE A COLONE.
Chérir le parricide , et protéger l'inceste.
QKDIPE.
Ajoute le mensonge à tes lâches fureurs; Eu forfaits médités érige mes malheurs.
Mon cœur fut-il coupable aux champs de la Phocide? Pour défendre mes jours je devins parricide. Deux guerriers inconnus me présentaient 1» mort: Jour cruel ! piège horrible où m'attendait le sort ! Je trouvai dans vos murs et le crime et la gloire; Je voua sauvai : l'inceste a payé ma victoire. Mais, oses-tu, harbare, avec tant de noirceur Réveiller mon opprobre et celui de ta sœur? Jocaste chez les morts descendit la première; Mes mains ont de mes yeux arraché la lumière ; Le destin fut coupable, Œdipe s'est puni: Il mouirait lentement, et vous l'avez banni. Par les soin* de Thésée il commence à renaître; Thésée est un héros; tu 1 as dû méconnaîtra. Il me rendra ma fille, et son auguste front N'aura pas vainement rougi de mon affront.
THÉSÉE
Étranger, ce discours a de quoi vous, confondre.
CRÉON
Sans les remparts de Thèbe on saura lui repondre.
THÉSÉE. i
Sous les remparts d'Àthène, il faut, avant ce temp6, Répondre avec te glaive à ses fiers eombattans. Si vos Thébains ont cru, cachés dans ces retraites,