ACTE V, SCENE II
ANTIGONE
Polynice !
POLYNICE
Ma sœur, ah! si tu peux m'entendre, Viens, ouvre-moi tes bras ; ma sœur, viens me défendre.
ANTIGONE
Tu l'appelles, mon frère? elle est auprès de toi, Ses bras te sont ouverts.
POLYNICE
Je t'entends ! je te voi !
Ton aspect de mes maux calme la violence ; Les filles de l'enfer respectent ta présence.
ANTIGONE
Elles t'oirt répondu?...
POLYNICE
Par un oracle affreux.
ANTIGONE
Sans daigner accepter ton encens et tes vœux?
POLYNICE
Elles n'exaucent pas les vœux d'un cœur impie. C'est par le châtiment que le crime s'expie.
O mon frère!
POLYNICE
Abandonne un frère infortuné; Suis l'exemple des dieux qui m'ont abandonné: Ne leur adresse plus tes plaintes téméraires. A la sombre lueur des lampes funéraires,
J'entrais d'un pied timide en ce Heu révéré
Oîi les rayons du jour n'ont jamais pénétré.
Aux marches de l'autel des terribles déesses
Déjà courbant mon front voilé par les prêtresses,
Humblement prosterné, j'offrais en criminel
Des larmes, de l'encens, le pardon paternel.
O prodige! à l'instant où, d'une voix contrainte,
Je parlais d'espérance, en éprouvant la crainte,
Mon encens rejeté s'est perdu dans les airs;
Une effrayante voix, qui sortait des enfers,
A glacé tous mes sens par ces mots formidables:
« Les pères sont clémens ; les Dieux sont équitables;
« Tu serviras d'exemple aux fils dénaturés;
a Retourne aux champs thébains de ton sang altères.»
Sur le livre vengeur j'ai vu les Euménides
Inscrire Polynice au rang des parricides ;
Leurs flambeaux , leurs serpents ministres de fureur,
Embrasaient à la fois et déchiraient mon coeur:
Aux autels arraché par des mains invisibles,
Je fuyais en criant sous les fouets inflexibles ;
Et les portes d'airain , se fermant après moi ,
M'ont vomi loin du temple, et m'ont poussé vers toL
AWTIGONE.
O trop funeste sort! malheureux Polynice!
POLYNICE
Etéocle! il faut donc mériter mon suppliée!
ANTIGOHL
; fuis les champs thébains ; demeure auprès de moi ;