ACTE V, SCÈNE IV
En nuage de feu marchait devant nos pas :
Je contemplais Œdipe, admirant en moi-même
Un émule d'Alcide à son heure suprême ;
Mais, bientôt il s'arrête : « Allons, voici l'instant,
ce Voici l'endroit, dit-il, où ma gloire m'attend.
« Du secret de ce lieu premier dépositaire,
« A votre successeur apprenez ce mystère ;
« Et , lorsque de ses jours le flambeau s'éteindra ,
« Qu'il en instruise encor le roi qui le suivra.
« Tel est l'ordre du Ciel : il veut que, d'âge en âge,
ce De l'éclat de vos mtys ce secret soit le gage.
ce Adieu. J'eus une fille; elle a besoin d'appui:
ce Elle fut ma compagne; elle est seule aujourd'hui.
ce Vous lui conserverez un asile fidèle;
ce Ce qu'elle a fait pour moi , vous le ferez pour elle. *>
Ainsi parlait Œdipe; et mes embrassemens
S'unissaient à mes pleurs, consacraient mes sermens.
D'un habitant des cieux la voix s'est fait entendre :
ce Œdipe, il faut partir; pourquoi te faire attendre?
ce L'Olympe te réclame. » A ces mots solennels ,.
J'ai reçu du héros les adieux éternels.
Il a quitté la terre: une céleste flamme
De son sein prophétique a passé dans mon ame;
Et, loin de l'Univers moi-même transporté,
Je respirais l'Olympe et l'immortalité. .
D'un demi-dieu mourant la vénérable tête .
S'élevait rayonnante au sein de la tempête.
Il n'est plus. A vos yeux je viens de dévoiler
44a ŒDIPE A COLONE.
Tout ce qu'il m'est permis d'oser vous révéler. Espérez, Antigone, un avenir prospère:
Thésée existe encore; ayez encore un père: Et nous, plaçant Œdipe entre les immortels, A son nom protecteur élevons des autels.
ANTIGONE
Thésée, à mes chagrins vous mêlez quelques charmes; Mais d'un père exilé j'ai recueilli les larmes : De sa gloire aujourd'hui si les Dieux sont témoins, J'ai des frères encor qui réclament mes soins. Faites-moi reconduire aux lieux qui m'ont vu naître. Le céleste courroux s'adoucira peut-être. Mes frères sont armés; que le glaive inhumain S'apaise au nom d'Œdipe et tombe de leur maiir. Je veux placer entr'eux les larmes d' Antigone , Partager leur péril et non pas leur couronne, Et, si le sort jaloux choisissait un vainqueur, Compagne du vaincu, partager sa douleur.
THÉSÉE
Je vous seconderai, fille et sœur généreuse. Qui jamais plus que vous mérita d'être heureuse l Fléchissez les Destins : que les Dieux satisfaits. Daignent à vos vertus égaler leurs bienfaits!