ACTE III, SCÈNE II. 5i
Et ses pleurs et tes miens seraient séchés peut-être.
Oui , le cœur d'un héros est sans peine attendri :
Vous aimeriez Cyrus, vous en seriez chéri;
Tous deux nés pour la gloire, et tous deux dans cet âge
Où la vertu facile embellit le courage ,
Tous deux chargés du soin d'illustrer Favenir,
Que de liens sacrés qui devaient vous unir!
Mais le cîet entre vous mit quelque différence:
Vous avez les honneurs ; Cyrus a l'espérance :
Le sort, juste une fois, a comblé tous vos vœux;
Et Cyrus est errant, Cyrus est malheureux!
ÉLÉNOR.
Son âme est à l'épreuve; elle en sera plus pure: Trop souvent la puissance est insensible et dure :
Les bons rois sont toujours élève* de* malheur»;
Il a pleuré lui-même; il essuîra des pleurs.
MÀ3TDANB.
Oui, je le sens; maïs vous, Vous dont la voix touchante
Par ces mots pénétrons me console et m'enchante f
Auriez-vouà, ÉJénor, conitu l'adversité?
ÉLÉltOR.
Je suis homme, orphelin, né dans la pauvreté, Errant dès le berceau.
MANDANE
Vous aussi ! vous !
Mon père,
Armant du fer guerrier sa main sexagénaire, »
5a CYRUS.
Abandonna pour moi le sol agriculteur,
Et le soin des troupeaux dont il était pasteur.
Si j'osais quelquefois plaindre ma destinée,
Mandane, disait-il, Mandane infortunée
Pleure sur son époux, et tremble pour son fils :
Mandane, dont le cœur à la vertu soumis
Du timide opprimé prit toujours la défense.
Ah ! c'est le premier nom qu'ait appris mon enfance.
MANDATE.
Ciel! /
J'entrais dans un temple, et, les larmes aux yeux, Je prononçais Mandane., et j'invoquais les Dieux.
MANDANE
Un pasteur... Approchez. Ah! plus je l'envisage, Plus d'un époux chéri je retrouve l'image. C'était là son maintien, sa démarche, sa voix; Tel à mes yeux charmés il parut autrefois , Lorsque, brillant encor des fleurs de la jeunesse, Il offrait à mes vœux- sà gloire et sa tendresse. Vous le fils d'un pasteur?
lïLÉNOR.
Je vous l'ai dit.
MANDATE.
Hélas!
Me trompé-je? achevez. Son nom n'était-il pas...