‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 41 sur 318 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MANDANE, ÉLÉNOR.

MANDANE

Elénor devant moi! Ce maintien magnanime Voile aux regards séduits un cœur né pour le crime!

Dun père sans pitié l'émissaire odieux

Ose, encor teint de sang, braver l'aspect des Dieiix!

U ose de Mandane affronter la présence!

ÉLÉNOR.

Pour me justifier, ou subir ma sentence.

MANDANE

Comme Un vil assassin hautement désigné...

ÉLÉNOR.

Vous m'en voyez surpris et surtout indigné.

MANDANE

Indigné!

ÉLÉNOR.

Je conçois qu'un récit infidèle Ait aisément troublé votre âme maternelle.

Œnrres posthumes. I. 5

Mais ce n'est point Cyrus qui tomba sous ma main; Ce n'est point votre fils; c'est un Scythe inhumain: Le guide le plus sûr dirigea mon courage.

M AND A. NE

Un guide, ô ciel! et qui?

ÉXÉNOR.

Soupçonnez-vous Harpage?

MANDANE

Qui? moi, le soupçonner! Harpage, dites- vous...

Harpage m'ordonna de venger votre époux, Me peignit le guerrier qui fit couler vos larmes, Me désigna ses traits, ses vêtemens, ses armes. Plein de vous, de Cambyse, et l'espoir dans le cœur, Je courus d'un héros combattre le vainqueur. Seul, je le trouvai seul, au sortir d'un bois sombre, Quand le jour incertain se mêlait avec l'ombre, Sur une roche aride, étroite, et dont les flancs Dans l'Araxe écumeux vomissaient des torrens ; • Silencieux désert, lieux entourés d'abîmes, Lieux témoins des combats , peut-être aussi des crimes. Je vis briller l'armure et reconnus les traits; La dépouille arrachée aux monstres des forêts Du Scythe audacieux couvrait la taille immense : Il agitait son glaive; et, fier de sa vaillance, S'avançait, les regards de fureur allumés, Tel qu'on peint les géans contre le ciel armés. Il m'aperçoit, s'arrête, et «a bouche perfide

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