‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 55 sur 318 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

Gardaient, en frémissant, un silence glacé. Tout se taisait. Bientôt le héros se présente; Sa démarche modeste en est plus imposante : Àstyage l'accuse; aussitôt par des cris De lâches courtisans condamnaient votre fils ; Mais Harpage accourait, et, d'un regard tranquille, Interrogeant la foule inquiète, immobile: « Cyrus est menacé d'un arrêt ôdieux.

«Qui l'exécutera? Qui bravera les Dieux? «Qui combattra ce roi que vingt peuples attendent? « Qui frappera ce front que cent lauriers défendent ? « Cyrus , persécuté , les a cueillis pour vous ; «D a vengé son père; il vous a vengés tous; « Il a vengé celui qui dicte la sentence. « Le voilà , le héros proscrit dès sa naissance ! «Le Roi voulait le perdre, et je l'ai conservé; « Au berceau, dans les camps, c'est moi qui l'ai sauvé ; « Et voici le pasteur qui d'asile efi asile « Traînait des nations l'espérance fragile. » Il dit : dans l'assemblée un long frémissement S elèvfe à ce discours , et grossit lentement ; Il éclate; on s'émeut; le Roi pâlit; Harpage Me conduit vers Cyrus , m'appelle en témoignage. On s'attendrit: mes pleurs, mes récits, mes sermens, Ces cheveux blancs, ce front, cës simples vêtemens, Ce maintien , cet accent que n'a pas l'imposture , Ce ton naïf qu'inspire et que sent la nature , Les regards du héros, tant d'exploits, de succès,

Cambyse respirant dans chacun de ses traits:

Tout parle en sa faveur, tout, jusqu'à votre absence;

Et, pareil au tonnerre, un cri puissant s'élance:

« Vivent, vivent Mandane et son généreux fils!

« Vive et règne Cyrus que les Dieux ont promis! »

La cour abandonnait le Roi dans sa disgrâce;

Sa garde était fidèle, et tentait la menace;

Mais par un cri nouveau le peuple a répondu ;

11 annonçait le trouble et du sang répandu;

Ce jour allait finir sous un horrible auspice.

Un seul, un seul guerrier nous l'a rendu propice.

Accourant près du Roi , jetant de toutes parts

Ce coup-d'oeil assuré qui commande aux hasards;

Terrible, et balançant la foudroyante épée

Que du sang ennemi deux héros ont trempée :

Respectez Astyage; immolez son appui,

Dit-il, frappez Cyrus.

MANDANE

Quoi! c'était...

MITRADATE.

C'était lui;

Lui, qui seul apaisait et le peuple et l'armée, Comme on vtoit tout-à-coup la tempête calmée, Quand l'astre bienfaisant qu'adore l'Univers Vient réjouir les cieux , et planer sur les mers.

Ah! je n'ai plus de crainte, et Mandane est contente.

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