SCÈNE III
PHILIPPE, ÉLISABETH, SPIKOLA.
SPÎNOLA.
Jusqu'aux pieds du monarque il est temps de porter Le vœti de* vrais amis du trône et de l'Église. A votre autorité si l'Espagne est soumise, Philippe, elle a sur vous des droits à réclamer. Outre nous l'infidèle osé encore s'armer; Les drapeaux africains ont flotté sur nos villes. Vos soldats craignent peu ces phalanges servîtes;
ACTE I, SCÈHE III. 101 Aisément ils vaincront, si le Ciel est pour eux: S'il est contre eux, jamais. Un devoir rigoureux M'ordonne d'affliger, mai* d'instruire Philippe : U est roi; qu'il prononce, et l'effroi se dissipe. Dieu ne protège point ceux qu'il n'eût point choisis; Rassurez vos sujets : rappelez votre fils.
Elisabeth.
Le prince !
Expliquez-vous.
Quel étonnant langage!
SPITfOLA.
Sire, pourquoi faut-il in'expliquer davantage? L'infant vous est connu- Je veux hien supposer Que de trahir l'Espagne on ne peut l'accuser, Qu'il n'abandonne point la foi de ses ancêtres; Mais , sans le mettre au rang des apostats, des traîtres , Sans croire à tant de bruits imprudemment semés,. Bruit* que par sa conduite U a trop confirmés, Sans vouloir découvrir dans les y eu* d'un monarque De ses chagrins cachés quelque infaillible marque r L'infant d'un tribunal terrible et révéré N'est-il pas dès long-temps l'ennemi déclaré? Na-t-il pas 9 jeune encor, professé les maxime* Des Bejges révoltés, qu'il nomme des victimes? , 1^ wm de, don Carlos ne$t-il pa* aujourd'hui , . De tous leç mécontent» L'espérance ejt l'appui ? . iJk , /
loa PHILIPPE IL
ELISABETH
Si vous ne craignez point d'attaque^ l'innocence* Souffrez qu'on la défende, et respectez l'absence. D'un père et de son fils ainsi vous disposez! Dieu les réunissait, et vous les divisêz! Ainsi de l'encensoir vous profanez l'usage! Pour dissiper entre eux le plus léger nuage ? D'un ministre de paix implorant le secours, C'est à vous, Spinola, que j'aurais eu recours; Et vous venez, cruel, irriter votre .maître, Rallumer des soupçons qui s'éteignaient peut-être l Si vous êtes puni par un succès affreux , Si votre voix triomphe et fait deux malheureux, Si , d'un pouvoir jaloux n'écoutant que l'ivresse y Prompt à déshériter l'infant de sa tendresse, Frappé du nom du ciel, le Roi cède à vos cris j Lui rendrez-vous l'amour et les vertus d'un fils?
SPINOLA
Dieu lui rendra bien plus en bénissant son règne. Il faut qu'un souverain le respecte et le craigne, lia loi que j'interprète est la loi de rigueur. Je n'offre point aux rois un encens corrupteur; Celui qui fait régner, seul maître que j'encense^ Ne me permit jamais de flatter leur puissance. En son nom quelquefois je. viens les éclairer. Étrangère à nos mœurs', vous pouviez l'ignorer. D'une cour, où souvent Dieu reste sans Vengeance,1 Vous avfei en Espagne apporté l'indulgence.