ACTE II, SCÈNE II. n
Occupaient tout entier votre cœur généreux, Ce cœur digne en effet d'un destin plus heureux. Quand vous êtes chéri du peuple et de l'armée, Quand ce palais est plein dé votre renommée, Quand tous les Castillans célèbrent vos exploits, D'un amour sans espoir vous écoutez la vohç! À' pleurer un héros voulez-vous les contraindre? On vous' admire; hélas! faut-il encor vous plaindre?
CARLOS
Qu'importent ces lauriers, ce renom d'un vainqueur? Tout ce fragile éclat n'a pu remplir mon cœur. Un rival sans espoir, mais redouté peut-être, Importunait les yeux d'un époux et d'un maître : On m'éloigna de vous. Facile à me tromper, Moi-même , au sein des camps, j'ai cru vous échapper; Mais l'amour en tous lieux est l'air que je respire ; Dans les camps, loin de vous, j'ai subi votre empire. Vos traits , ces traits charmans dans mon âme imprimés, Partout venaient s'offrir à mes sens enflammés; Votre image des nuits peuplait le noir silence; Votre image aux combats animait ma vaillance ; Dans les rangs éclaircis je suivais sans effroi Cet ange protecteur qui marchait devant moi ; Le nom d'Élisabeth inspirait mon armée; Vous étiez tout pour moi: l'État, la renommée. Lorsqu'au milieu des morts et du sang et des cris, Blessé , je combattais entouré de débris , Présente, à mes dangers vous paraissiez sensible;
- Œuvres posthumes. I. 8
u4 PHILIPPE II.
Vos regards attendris me rendaient invincible; Sur le Maure indompté vous dirigiez mes coups; Je vous offrais mon sang, je le versais pour vous.
Le Ciel dont la bonté véille sur votre vie N'a point voulu souffrir qu'elle vous fut ravie: Il vous donna la gloire, il vous rend à mes vœux; Vous revenez vainqueur : revenez donc heureux. D'un triomphe si beau connaissez mieux les charmes. Qui n'a pas ses chagrins? Qui ne répand des burines? Mais un prince à l'État doit souvent s'immoler. Adieu. Puissent nos soins un jour vous consoler! Mon cœur vous est connu ; vous en devez attendre L'intérêt le plus pur, l'amitié la plus tendre; Mais ne préparons plus, durant nos entretiens, Vos malheurs, ceux d'un père, et peut-être les mien?.
(Elle sort.)
CARLOS
Les vôtres! Non, jamais; je saurai me contraindre; Non, ce n'est point à vous qu'il appartient de craindre. Mon destin sur moi seul pèsera tout entier.