TRADUCTIONS ET IMITATIONS
SIMETIIE,
ou LE SACRIFICE MAGIQUE
( 8e Idylle de Théocrite. )
Où sont-ils, ces lauriers et ces poisons subtils? Ces philtres dévorants, Theslilis, où sont-ils ? Apporte cette coupe, et que ta main trop lente En couronne les bords d'une pourpre sanglante! Je vais contre un perfide évoquer les enfers. Douze fois le soleil s'est plongé dans les mers, Depuis que sous les coups de sa main empressée 11 n'a fait retentir ma porte délaissée.
Daigne-t-il seulement s'informer de mon sort ? M verrait d'un môme œil et ma vie et ma mort. Ah ! sans doute, ô Vénus ! ô déesse cruelle I Ton fils l'entraîne aux pieds d'une amante nouvelle... N'importe I dès demain, aux premiers feux du jour, J'irai dans la palestre attendre son retour : Je veux le voir, je veux confondre le parjure ; Je veux lui reprocher tous les maux que j'endure. ]\Fais la nuit rèsrne encor : sous ses voiles discrets»
un noir enchantement déployons les secrets; jsayons mon pouvoir sur cette âme insensible, lis triompher le charme , ô déité paisible !
ni , suivant lentement ton cours silencieux , Billes seule avec moi, quand tout dort sous les cieux, n que des chiens hurlants les clameurs prophétiques nnoncent à grand bruit sur les places publiques ; )i qui, t*environnant de lugubres flambeaux, arches d'un pied nocturne au milieu des tombeaux, 'iple Hécate I descends dans mon âme obsédée ; issemble en moi Circé, Périraède et Médce.
iiltres impérieux ! ramenez près de moi L'ingrat qui m'a manqué de foi.
îgarde , Thestilis. Déjà l'orge sacrée cpire en pétillant, par les feux dévorée.
Ite-toi, hâte-toi d'en répandre à grands flots... ais , quoi ! ta main languit dans un lâche repos I ïrfide! avec le traître es-tu d'intelligence? iirais-tu médité de trahir ma vengeance ?
;rse, en disant ces mots : « Du plus faux des amants lissé-je ainsi brûler les derniers ossements 1 »
îlphis, l'ingrat Delphis brûle toute mon âme. . )mme de ce brasier la pétillante flamme )nsume ce rameau, que Delphis, à son tour, mguissant, desséché, se consume d'amour/ nollis cette cire en invoquant la foudre, lissé-je ainsi, cruel, voir ton cœur se dissoudre! l'Amour de son flambeau vienne amollir ton sein.
Brûle de tous ses feux; et, comme sous ma main Ce disque avec vitesse en tournoyant s'agite , Que la main de Vénus vers moi te précipite !
Philtres impérieux ! ramonez près de moi L'ingrat qui m'a manqué de foi.
Achevons les apprêts de ce noir sacriûce;
Sous nos coups redoublés que l'airain retentisse I
Enchaîne aux bords du Styx, par tes ordres sacrés,
Les dieux du noir séjour contre moi conjurés,
Diane I... — Elle vient : un bruit sombre et terrible
Atteste autour de nous sa présence invisible.
Philtres impérieux I ramenez près de moi L'ingrat qui m'a manqué de foi.
Le bruit meurt. Quel repos! la terre au loin sommeille; Mais dans mon sein troublé l'amour gémit et veille. On n'entend plus gronder l'aquilon sur les flots ; Seul, mon cœur orageux ignore le repos.
J'épanche par trois fois cette coupe écu mante ; Par trois fois, s'échappant des lèvres d'une amanlo, Ces mots vont retentir : a Objet de mon mépris. Odieuse beauté dont Delphis est épris.
Qu'il t'oublie à son tour, comme autrefois Thésée Oublia dans Naxos Ariane abusée ! »
Philtres impérieux î ramenez près de moi L'ingrat qui m'a manqué de foi.
er frémissant bondit dans la campagne;
r les pas de sa belle compagne, les vallons et les monts sourcilleux :
voir ainsi mon amant furieux, éperdu, s'élancer du Gymnase,
m'embrasser de l'ardeur qui l'embrase !
mpérieux ! ramenez près de moi igrat qui m'a manqué de foi.
[ige, ornement de sa robe flottante^ Thestilis, à la flamme éclatante, jui sur mon cœur t'acharnes sans pitié, ►as de mes maux encor rassasié?
zards broyés formons un noir breuvage.
3r ces poisons, artisans de ma rage, uil dont mon cœur ne peut se détacher :
iert, que l'ingrat ne daigne plus toucher; n exprimant l'affeux suc de ces plantes :
•t-il circuler dans ses veines brûlantes ! »
seule, enfin!... ô déesse des nuits!
ns vers ce jour, source de mes ennuis.
rait Diane : Anaxo, révérée,
it apportant la corbeille sacrée;
leur simulacre on admirait les traits
ers animaux habitants des forêts.
mne alors l'image courroucée
es regards de la foule empressée.
s, dont le lait nourrit mes premiers ans,
ira d'aider ses pas déjà pesants,
Et d'assister près d'elle à la cérémonie.
Hélas 1 j'y consentis : les dieux m'en ont punie.
Astre des nuits ! révèle au jour Et mes malheurs et mon amour.
Déjà nous entendions les clameurs de la fête,
Et du toit de Lycus j'apercevais le faîte.
En ce fatal moment, suspendant leurs travaux,
Eudamippe et Delphis, compagnons et rivaux.
Sortaient de la palestre où se plaît leur courage.
Un duvet délicat ombrageait leur visage.
Je les vis... ou plutôt je ne vis que Delphis ;
Je le vis , et vers lui vola mon âme errante :
Je demeurai longtemps muette, délirante ;
Mes regards, sans rien voir, devant moi se fixaient,
Et sous mon corps tremblant mes genoux fléchissaient
La fête tout à coup disparut à ma vue.
J'ignore à mon séjour quelle main m'a rendue :
Mais une fièvre ardente alluma tous mes sens;
Dix fois la nuit obscure entendit mes accents;
Et dix fois de retour, l'astre qui nous éclaire
Me vit noyer de pleurs ma couche solitaire.
Astre des nuits î révèle au jour Et mes malheurs et mon amour.
Sur mon front pâlissant la mort semblait présente ,
Ma tète avait perdu sa parure flottante.
Enfin, non sans rougir, je dis à Thestilis :
« Delphis est mon vainqueur; amène-moi Delphis... »
Elle vole, revient, et Dclpbis la devance; Déjà d'un pied léger sur le seuil il s élance. Ils s'offrirent soudain à mes regards surpris.
j Astre des nuits! révèle au jour
Et mes transports et mon amour.
Je le voisl... tout mon corps transit, frissonne et brûle; Une froide sueur dans mes membres circule; Je veux parler, ma voix expire, et de mon sein Avec peine s'échappe un murmure incertain.
Aussitôt qu'il me vit, avec un art perfide Il baissa vers la terre un front pur et timide : « Simèthe, me dit-il de l'accent le plus doux, Vous prévenez Delphis en rappelant vers vous. Dès que l'ombre paisible eût obscurci la terre, Oui, je serais venu, guidé par le mystère.
Implorant dans la nuit l'étoile de Vénus, Suspendre à votre toit les doux fruits de Bacchus. Mais si d'affreux verrous, repoussant ma prière, Avaient à mes transports opposé leur barrière. Contre le seuil jaloux, complice de mes maux, L'Amour eût fait voler la hache et les flambeaux. L'Amour! ah! le Lipare et son ardent bitume.
Que la main du Cyclope incessamment rallume.
N'égalent point les feux dont il dévore un cœur. Il parle, tout fléchit; il veut, il est vainqueur. Contre ses traits puissants Minerve est sans égide; Il subjugue, enhardit une beauté timide, Et, trompant des Argus les regards attentifs,
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Loin du toit maternel guide ses pas furtife : Il arrache à Tépoux son épouse inconstante.
Du baiser de l'hymen encore palpitante. »
Il dit ; et, dans le trouble où s'égarent mes sens. Mon âme avec transport recueille ses accents. Interdite, éperdue, et respirant à peine, Sur mon sein amoureux doucement je l'entraîne; Et sur mon lit brûlant, l'un vers l'autre élancés, Nous ne formons qu'un corps de nos corps enlacés. Â nos lèvres de feu nos âmes suspendues Dans les flots du plaisir expirent confondues... Phébé! tu nous vis, ^ en de si doux moments.
Enivrés à longs traits du nectar des amants.
Depuis ce temps heureux, tous nos jours sans nuages. Par l'amour embellis , coulaient exempts d'orages. Ce matin, quand l'Aurore, éveillant l'univers, Sur son char éclatant remontait dans les airs, Néris vient m'annoncer la plus cruelle injure : Delphis, si je l'en crois, Delphis n'est qu'un parjure : De ma rivale encor le nom m'est inconnu ; Mais dans de nouveaux fers Delphis est retenu ; Tout l'annonce : de fleurs sa tète est couronnée ; De myrtes amoureux sa maison est ornée ; Il boit dans les festins à l'objet de sa foi ; C'en est fait, et Delphis n'existe plus pour moi ! Loin de mes bras il vole au plaisir qui l'appelle... Mais'je veux ramener ou punir l'infidèle.
Si son cœur plus longtemps s'obstine en ses forfaits, Parques ! recevez le serment que je fais :
Il ira m'outrager sur le sombre rivage;
Les poisons sont tout prêts pour assouvir ma rage.
Phébé 1 poursuis ton cours : Fheure fuit; il est temps De plonger dans les flots tes coursiers haletants. Si mon art impuissant trahit mon espérance.
Tu reviendras demain éclairer ma vengeance.