LIVRE SECOND
Sèche ton vert feuillage et fane tes couleurs! Je ne reverrai plus ton fortuné rivage, Bel Eurotas! adieu. Vous, cygnes de ces bords, Dont un dieu pour ma mère emprunta le plumage 1 Formez avant le temps d'harmonieux accords ; Que d'échos en échos votre chant se répète, Et porte mes regrets aux nymphes du Taygète. »
Elle aperçoit alors ces platanes nombreux
Qui du long Céramique ornent le sein poudreux.
C'est là que devant elle une foule en extase
Oubliait pour la voir les combats du Gymnase;
C'est là que les vieillards se redisaient entre eux :
« Qu'elle est belle I et combien Ménélas est heureux ! »
Plus loin, à ses regards, sur la haute colline,
De Minerve apparaît la demeure divine.
Elle rougit; baissant la tête sur son sein,
Elle tourne ses pas vers le temple prochain :
Ce temple est à Vénus, mais à Venus armée*.
Hélène alors" s'arrête : interdite, alarmée,
Elle croit que déjà la déesse en fureur
De ses futurs destins lui présage l'horreur;
Elle croit, dans l'effroi dont son âme est saisie.
Voir les feux de l'autel s'élancer vers l'Asie.
Soudain Paris accourt, d'espérance enflammé; |
Autour de lui s'exhale un nuage embaumé : \
« Viens, tout est prêt; Thétis a reçu mon offrande;
Le zéphyr nous appelle, et la mer te demande.
Viens, ô ma belle amante, ô fille de Léda!
* Dénomination de Vénus chez les Spartiates.
96 ÉLéOIBS.
Vénus veille sur nous des hauteurs de l'Ida
Des mortels ni des dieux ne crains plus la colère :
Vénus est ma déesse, et Priam est mon père. »
Il dit; la triste Hélène, en soupirant tout bas,
De son nouvel époux suit lenteiiient les pas,
Non sans redire , au bruit des ondes agitées :
« Pudeur! où fuis-tu quand tu nous as quittées? »