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LE TOMBEAU DU POÈTE PERSAN

« Ta voix, Zaïde, est celle du Zéphyre; D'un charme pur elle enivre mes sens :

Mais apprends-moi quelle savante lyre De ces beaux vers enfanta les accents.

Oh ! non, jamais roses de poésie.

Trésors charmants de grâce et de fraîcheur,

Ki.

CHANTS ÉLÉ^GIAQUBS. 123

De tels parfums n'embaumèrent F Asie ; Ton baiser même aurait moins de douceur.

— De Bénamar cet hymne fut l'ouvrage.

Noble sultan ! Chantre de la valeur,

Il fit briller la consolante image

Du jour sans fin dans un monde meilleur.

Ses chants perdus furent sans récompense :

Il s'en alla vers les sables d'Iran

Avec sa fille, étoile d'innocence,

Toucher la lyre au bruit de l'ouragan.

— Fidèle émir! prends ma noire cavale; Ses pieds légers sont l'aile de l'oiseau.

Vole au désert, plus prompt que la rafale; A Bénamar va porter cet anneau.

Oui, j'en atteste et la nuit et ses voiles :

De mes bienfaits je prétends le combler; Du firmament les nombreuses étoiles A ses trésors ne pourront s'égaler.

Que sur tes pas sa fille consolée

Vienne avec lui former d'heureux concerts !

Loin des regards cette palme isolée

A trop longtemps fleuri pour les déserts. »

L'émir, pressant la cavale légère.

Part comme un trait qui s'élance et qui fuit;

Et sur sa route une jeune étrangère,

Pâle et charmante, apparut vers la nuit.

« voyageur qui, seul et sans retraite, Cours, égaré dans les sables d'Iran I

121 CHANTS ÉLÉGIAQUBS.

Que cherches-tu? — Je cherche le poëte, Ce Bénamar, la gloire du sultan.

— voyageur î Bénamar fut mon père ; Il a cessé de vivre et de souffrir :

Ces hauts cyprès ombragent sa poussière, Et près de lui j'achève de mourir.

— Fleur de beauté! que ton éclat renaisse; Viens, sors enfin de ton obscurité; Viens, et pour toi que rayonne sans cesse L'astre éclatant de la prospérité I

— Tu vois la tombe où veille ma tristesse .

Tel est mon cœur : il ne peut se rouvrir.

Mon père est mort; seul il fut ma richesse :

Pauvre il vécut, pauvre je veux mourir. »

Et, défaillante, elle embrasse en silence Le sol funèbre, objet de tous ses vœux; Et du cyprès que la brise balance L'ombre se mêle au noir de ses cheveux.

Sa voix mourante à son luth solitaire Confie encore un chant délicieux; Mais ce doux chant, commencé sur la terre, Devait, hélas ! s'achever dans les cieux.

NOTE

J*ai puisé ce sujet et plusieurs de ses détails dans on intéressant article de M. Malte-Brun. Le morceau quil rapporte sur Ferdousi, poète persan, est extrait d* un recueil de poésies publié en allemand par M"*' Helmina de Chézy, que ses belles imitations des poëtes orientaux avaient déjà fait connaître.

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CHANTS ÉLÉOIAQÛES. 125

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