‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 51 sur 117 · LE PAUVRE NÈGRE · texte numérisé non relu

LE PAUVRE NÈGRE

Ravi naguère aux côtes de Guinée, Le pauvre Nègre, accablé de ses maux, Pleurait un jour sa Iriste destinée, Et de soupirs accompagnait ces mots :

«t Qu'ai-je donc, fait au Dieu de la nature, Pour qu'il m'impose esclavage et douleur ?

Ne suis-je pas aussi sa créature ?

EstrCe forfait que ma noire couleur?

«Gomme le blanc dont la rigueur m'oppresse, N'étais-je pas formé pour le bonheur ?

J'aimais Neizi; seule, elle eut ma tendresse, Et son regard faisait battre mon cœur.

Heureux époux, j'allais devenir père.

cher enfant, gage de notre amour, Respires-tu pour consoler ta mère ?

As-tu péri sans connaître le jour?

« Je ne pourrai te bercer dans ta couche , Enfant aimé, que n'ont point vu mes yeux I Ni te sourire, en pressant sur ta bouche De l'oranger les fruits délicieux ; Ni t'enseigner, dès ta robuste enfance.

L'art d'assoupir un serpent venimeux, ^

Ou de surprendre un lion sans défense, Ou de plonger sous les flots écumeux I

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« Oh I jamais plus je ne verrai Tombrage Des bananiers que je plantais pour toi; Ni Tantre sombre où, par un jour d*orage, ma Nelzi ! je te dis : a Sois à moi I x> Ni ma cabane, à mon cœur toujours chère, Qu'en ses vieux ans mon père me transmit; Ni le ruisseau de la roche où ma mère Du grand sommeil dans mes bras s'endormit I

« Un soir (c'était à cette môme source) Je reposais sous le vert citronnier :

Les blancs cruels revinrent de leur course ; A mon réveil, j'étais leur prisonnier.

Je résistais : l'un d'eux fît sur ma tète Tomber les coups de la verge de fer.

Désespéré, j'invoquai la tempête; Et je pleurais en regardant la mer. »

Comme il chantait sa chanson d'esclavage, Le négrier * sur ces bords descendit Un habitant de son lointain rivage.

Zabbi l'appelle, et, l'embrassant, lui dit:

a De ma Nelzi, frère, quelle nouvelle? »

L'autre se tait, mais il montre les cieux.

« Je t'entends : morte. Et l'enfant?— Mort comme elle. — Bien. » Et la joie éclata dans ses yeux.

Deux jours entiers, jetant sa nourriture, Il haleta sous un ciel embrasé;

* Vaisseau destiné à la traite des nègres.

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Et, du matin jusqu'à la nuit obscun De ses sueurs le sol fut arrosé.

Vers le retour de la troisième aurore La verge en main, le maître reparut Lève-toi! — Non; je puis dormir < Je deviens libre, » Et sur l'heure il

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