‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 57 sur 117 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Milton, dans une dissertation littéraire, désigne pour sujet d'un poëme héroïque les aventures d* Alfred, qui, ajoute-t-il, ne sont pas moins intéressantes que celles d'Ulysse. Si, comme le chantre d'Ulysse .et d'Hector, Milton avait pu enfanter deux chefs-d'œuvre, sans doute il eût fait mieux que d'indiquer un sujet remarquable, il l'eût traité.

Mais ce qui doit surtout nous étonner, c'est que Shakespeare, ce peintre énergique des royales infortunes, c'est que Pope, ce traducteur célèbre de la plus belle des épopées, n'aient pas confié, l'un à la tragédie, Vautre à la muse héroïque, le soin de reproduire le grand nom d'Alfred et son histoire merveilleuse.

Quel personnage plus éminemment poétique, en effet, qu'un monarque, fondateur et guerrier, poëte et législateur, qui joint à tant de sortes d'intérêt l'intérêt plus grand qu'inspire un malheur non mérité? Les poëtes et les romanciers ont-ils rien inventé de plus généreux que

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le caractère, de plus attachant que les aventures de cet Alfred, qui, accablé sous le nombre après d'éclatantes victoires, abandonné de son peuple dont il est chéri, ' suspend sa couronne aux rameaux d'un chêne, se réfugie dans une cabane, et, simple pâtre, songe, en conduisant un troupeau, qu'il doit encore gouverner un peuple; qui, au signal de l'amitié, passe sous le déguisement d un chanteur dans le camp des farouches Danois, observe leurs positions, profite de leur désordre, et, un luth en main, s'apprête à reconquérir ses États?

Au charme d'un sujet si noble, si dramatique, si complet, se rattachent les scènes d'une nature primitive, les tableaux contrastés de mœurs sauvages et de mœurs plus adoucies, des soins champêtres et des travaux guerriers, de l'audace ignorante et sans frein et de la valeur disciplinée; et, au milieu de ces images tour à tour gracieuses et sombres, imposantes et terribles, domine le caractère magnanime d'un héros à qui les victoires mêmes n'ont pu faire aimer la guerre, d'un roi dont la gloire est pure et consolante, et dont un historien, qui ne prodiguait pas la louange, disait : a Je ne sais s'il y a jamais eu sur la terre un homme plus digne des respects de la postérité qu'Alfred le Grand... L'histoire, qui d'ailleurs ne lui reproche ni défaut, ni faiblesse, le met au premier rang des héros utiles au genre humain »

Je me garderai bien de donner ici, à propos de mon poëme, une de ces poétiques où les préceptes de l'art sont adroitement détournés par l'auteur au profit de l'ouvrage. Il me paraît peu convenable d'offrir au public 4es préceptes, quand on attend de lui des leçons.

Muse du Nord, qui, seule et recueillie,

Au bruit lointain de l'orageuse mer

Vas répétant, dans les longs soirs d'hiver,

De l'Écossais la ballade vieillie I

Soit que tes yeux s'arrêtent par hasard

Sur les créneaux de ces tours sépulcrales,

Sanglants témoins des crimes du poignard ;

Soit qu'à minuit tu foules à l'écart

Les marbres saints ou les tombes royales ,

Viens. Les esprits à la baguette d'or,

Rassemblés tous en des cercles sans nombre,

Ont de Windsor peuplé la forêt sombre :

L'heure est propice : aux sentiers de Windsor,

Du grand Alfred je veux évoquer l'ombre.

Apporte-moi le luth consolateur.

Dernier ami, qui, fidèle à son maître.

Suivit au loin dans un exil champêtre

Ce roi caché sous l'habit du pasteur.

Libre au milieu de l'Angleterre esclave, Une lie étroite et ceinte de roseaux.

Qu'un double fleuve abreuvait de ses eaux, Se dérobait à l'œil du Scandinave.

Là demeurait un vieux soldat d'Ecbert :

Olgard, issu d'une noble famille,

Fuyait le monde , et sur ce bord désert

Coulait des jours embellis par sa fille.

Tout le hameau chérissait Edvitha :

Plus d'un pasteur la nomma la plus belle ,

Plus d'un vieillard à son fils souhaita

De mériter une épouse comme elle.

Nouvel ami du vieillard généreux ,

Le jeune Edvin dans la simple chaumière,

Qui de tout temps s'ouvrit aux malheureux,

Avait trouvé la table hospitalière.

Vers les rochers qui dominent les eaux

Il conduisait les chèvres vagabondes,

Ou, dans les prés que baignent les ruisseaux,

L'agneau timide et les brebis fécondes.

Edvin cachait le secret de son cœur , Mais d'Edvitha souvent à la veillée Il ramassait la guirlande effeuillée ; Même parfois il l'appelait sa sœur.

Ce nom de sœur et si pur et si tendre, Qu'Edvin répète avec un doux accent, Trouble Edvitha qui se plaît à l'entendre, Et qui tout bas répond en rougissant.

Telle une fleur qui, sur les eaux penchée, Se balançait au flexible rameau , S'échappe enfin, par les vents détachée, Et mollement suit le cours du ruisseau; Telle Edvitha s'abandonne sans peine Au sentiment dont le charme Fentraîne.

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Quand les troupeaux, des prés quittant rémail,

Sont renfermés dans Tombre du bercail,

Edrin, assis aux pieds de la bergère,

Lui répétait la ballade étrangère,

La longue histoire, et les simples chansons

Qu'à leurs foyers les filles des Saxons

Chantaient, la nuit, en attendant leur père.

Mais , par hasard , venait-il quelquefois

A rappeler quelque triste aventure

De rois proscrits cachés au fond des bois,

Il se troublait ; les cordes sous ses doigts

Ne formaient plus qu'un lugubre murmure ;

Morne et pensif, il demeurait sans voix.

Ce n'était point la vague rêverie

Du pâtre obscur qui songe à ses troupeaux ,

Aux fruits des bois, aux fleurs de la prairie,

En essayant sur ses légers pipeaux

Un air d'amour pour la beauté chérie.

D'un soin plus grave il semble inquiété .

Tout le trahit, ses discours, son silence;

Et, sur ces bords trop longtemps arrêté,

Vers d'autres lieux en espoir il s'élance,

Impatient de son obscurité.

Olgard un jour lui dit : « Ton luth sommeille.

Et loin de nous tu rêves à l'écart.

D'un chant guerrier viens flatter mon oreille ;

Le chant guerrier rajeunit le vieillard. »

Edvin soumis se rend aux vœux d'Olgard.

Précipitant sa cadence plus vive.

Il veut chanter l'hymne de la valeur,

l'est vainement, et la note plaintive levîent toujours soupirer la douleur :

Mon luth est triste ; en vain je Timportune lux sons de gloire il n*est plus destiné, él il gémit dans le jour d'infortune ^ù de son peuple Alfred abandonné...

- Oh I parlez-nous de ce roi détrôné ; lépétez-nous sa douloureuse histoire, lit la bergère; au bord du fleuve assis, ous la contiez un jour, et vos récits ►epuis ce jour occupent ma mémoire, lors Edvin, sur un mode touchant, lu roi banni redit le triste chant :

Alfred un jour, abandonné des braves.

Vit ses sujets passer sous d'autres lois. Et sous le joug des tyrans Scandinaves Courber le front pour la première fois.

Plaignez Alfred et le destin des rois.

Un seul ami qui l'aima pour lui-même.

En lui jurant de soutenir ses droits, Vint embrasser le roi sans diadème...

L'embrassait-il pour la dernière fois ?

Plaignez Alfred et le destin des rois.

Dès le retour de l'aurore prochaine, Se dérobant aux féroces Danois, Il suspendit sa couronne au vieux chêne, Et le vieux chêne en tressaillit trois fois.

Plaignez Alfred et le destin des rois.

<c Heureux Ecbert I au beau pays de Franco a Un roi fameux t'accueillit autrefois ; « Et, sans appui comme sans espérance, (c Ton héritier gémit seul dans les bois.

a Plaignez Alfred et le destin des rois.

« Depuis ce temps, on dit que son fantôme (( Dans la fouillée apparut une fois.

« Peut-être, hélas ! songeant à son royaume, « Sous quelque ombrage est-il mort dans les bois, a Plaignez Alfred et le destin des rois. »

Des pleurs mouillaient les yeux de la bergère ; Elle disait : « Que je plains sa misère !

Pourquoi le ciel, qui protège les rois, Ne l'a-t-il pas amené sous nos toits?

Chéri de nous, il eût béni mon père.

— Quoi ! se peut-il, répond Edvin troublé.

Qu'il vous inspire un intérêt si tendre ?

Belle Edvithal s'il pouvait vous entendre. De son malheur il serait consolé.

— Le nom d'Alfred est cher à mon grand âge.

Poursuit Olgard ; jadis par mon courage

Je dérobai son aïeul au trépas.

Suivant Ecbert au milieu des combats, Du fer levé je vis le coup funeste De ses vieux ans prêt à borner le cours :

Je le sauvai ; mon sang paya ses jours.

Cette blessure est un bien qui me reste. »

Jl la montra sur son sein découvert ; Puis il reprit : « Ce magnanime Ecbert

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Entre ses bras m'emporta sous sa tan to ;

Il dénoua son écharpe éclatante,

Et de mon sang elle étancha les flots.

Je la conserve. » En écoutant ces mots :

« Ahl dit Edvin, permettez que je touche

Ce don sacré d*un roi victorieux ;

Noble vieillard, permettez que ma bouche

Presse un moment le tissu glorieux.

— Oui, dit Olgard. Aussitôt il se lève;

Au mur poudreux où pendait son vieux glaive

Il prend l'écharpe. Edvitha, souriant,

En décorait Edvin impatient.

Dieu! quels transports il sent nai^^re en son âmel

Dans ses yeux brille une subite flamme.

Olgard lui parle, il ne Técoute plus;

Sa voix s'égare en des accents confus ,

Il nomme Ecbert, parle de diadème...

Ce jeune Edvin , c'était Alfred lui-même.

Dès ce moment la fille du vieillard N'occupait plus son àme tout entière.

Plus matinal, il quittait la chaumière.

Vers la chaumière il revenait plus tard; A la veillée interrogeant Olgard, U ne parlait que du fier Scandinave.

Leur chef Ivar, si farouche et si brave , Son frère Ubba , pirate au cœur de fer, Moins digne fils du courageux Recner*;

* Recner ou Régner, roi de Danemarck et barde fameox, qui, renfermé dans une prison par son ennemi, acheva tranquillement son hymne de mort au milieu des serpents qui le dévoraient.

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Du camp nouveau les secrètes entrées,

Des monts voisins les routes ignorées ;

Tel est d'Alfred Tentretien le plus cher.

Quand du vieillard la longue expérience

L'avait charmé par d'utiles récits,

Il se levait, saisi d'impatience,

Et dans les bois par les ombres noircis

Portait son trouble et ses pas indécis.

A tout moment, non sans rougir de honte,

Il croyait voir, sous ses yeux éperdus ,

L'auguste Ecbert, qui lui demandait compte

De tant de jours obscurément perdus.

Il s'écriaît : « père de mon père !

Me verras-tu longtemps humilié ?

Et toi, Dévon, espoir de ma misère ^

Dans ce désert m'as-tu donc oublié?

Tu me promis qu'un fidèle message

M'apporterait le signal du retour :

Sur les rochers qui bordent cette plage ,

L'œil fixe, en vain je m'assieds tout le jour;

Rien ne parait. Dans ce triste séjour

Me faudra-l-il consumer mon jeune âge ?

Ahl si j'obtiens ce signal désiré,

J'en fais serment au dieu de ma patrie ;

Seul, sans escorte et sans crainte, j'irai

De ces Danois affronter la furie ;

Simple chanteur, j'irai, mon luth en main,

Du camp d'Ivar observer l'étendue,

Et, préparant l'attaque inattendue ,

De la victoire apprendre le chemin.

Un heureux sort près d'Ivar me protège :

Quand des Danois je soutins les assauts, Ivar absent, sur ses légers vaisseaux, Suivait son frère aux côtes de Norwége.

Si mes exploits jusqu'à lui sont venus, Bles traits du moins ne lui sont pas connus.

Sans défiance il m'ouvrira sa tente. »

Alfred ainsi trompait la longue attente, Et les langueurs d'un pénible repos ; Mais quand du soir Tombre couvrait la terre, U s'arrachait à ses rêves de guerre.

Et tristement ramenait ses troupeaux.

De ton monarque ami sage et fidèle, Noble Dévon I alors que faisais-tu ?

Longtemps pour lui ton bras a combattu ; Et, pour tenter une lutte nouvelle, Tu rends l'audace à son peuple abattu.

De combattants une troupe aguerrie Déjà s'apprête à servir ton dessein :

Déjà ta voix fait tressaillir leur sein Aux noms sacrés de prince et de patrie Non loin du camp des farouches Danois, De Sommerset la forêt solitaire Voit sous son ombre accourir à la fois Tous les héros, honneur de l'Angleterre.

Un jour Alfred, aux rayons du matin, Était assis sur la déserte plage.

Et, de Dévon attendant le message, Ses yeux erraient vers le sentier lointain.

A son oreille arrive un bruit soudain.

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Entre le fleuve et l'aride clairière, Passait Ubba; de six guerriers suivi, Fier du butin dans sa course mvi , Il retournait au camp d'Ivar son frère.

Alfred entend sa formidable voix, Qui, résonnant sur la rive escarpée.

Criait ces mots aux pirates danois :

« Tout doit tribut aux enfants de Tépée !

Qui tient un fer, amis, possède tout!

La terre est vaste, et nos biens sont partout ! Vous avez vu ces troupeaux qui bondissent ?

Ils sont à nous; que vos mains les saisissent! D'un tel présent rendons grâce au destin ; Élançons-nous dans cette lie sauvage.

Et sur ses bords préparons le festin. »

Il fend les flots et touche le rivage.

Ses compagnons le suivent... Le berger Posant son luth sur la roche prochaine, Arme sa main du rameau d'un vieux chènc, Marche au-devant du farouche étranger, Et d'une voix menaçante et tranquille :

« Chef inconnu ! qui t'amène en cette île ?

Qu'y cherches-tu ? réponds. — Ce n'est pas toi.

— N'avance pas. — Qui me le défend? — Woi.

— Quel chef puissant règne sur ce parage ?

— Moi. — Tu me plais. Aurais-tu du courage ?

— ïu le verras. — Je te protégerai.

Le camp danois vaut bien ton pâturage ; M'y suivrais-tu ? — Je t'y précéderai.

— Quel es-tu donc ? — Que t'importe? peut-être Dans peu d'instants je me ferai connaître :

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e38 ALFRED.

Combats toujours. — Tu vas, faible pasteur,

De cet acier sentir la pesanteur.

— Frappe, et tais-toi. » Frémissant de l'injure,

Ubba de l'œil quelque temps le mesure,

Et la vengeance est au fond de son cœur

Mais, du combat craignant déjà l'issue,

Tous les Danois sur Alfred élancés

Vont l'accabler ; il lève sa massue,

Frappe, redouble, écrase à coups pressés

Les plus hardis à ses pieds terrassés.

Le reste au loin s'enfuit sur le rivage.

Ubba, les yeux étincelants de rage.

Fond sur Alfred ; mais Alfred, sans terreur.

Lui laisse user sa force et sa fureur.

Bientôt, joignant la valeur et l'adresse.

De toutes parts il l'attaque, il le press8;

Seul il l'entoure, et le pâle Danois

Trouve en un seul dix guerriers à la fois.

Du fer rompu l'inutile poignée

Reste en sa main ; il pousse un cri d'effroi.

Alfred s'arrête , et lui dit : « Remets-toi. »

Le fier Ubba voit sa vie épargnée ;

Il s'en indigne : « Insolent ! tu mourras. »

La forte hache arme aussitôt son bras,

Terrible, il lève au-dessus de sa tôte

Le coup pesant que sa vengeance apprête.

A sa rencontre Alfred s'est élancé ;

D'un choc affreux le Danois renversé

Succombe : « Eh bien I dit Alfred, que t'en semble ?

Faible pasteur, j'ai vaincu le Danois.

Oseras-tu nier une autre fois

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Que je sois pâtre et guerrier tout ensemble f — Honneur à toi ! » dit le fils de Recner; Et pour frapper il soulève le fer. Alfred échappe à sa. rage trompée; Des mains du traître il arrache l'épée, Et d*un sang noir fait ruisseler les flots.

Interrompant sa menace inutile, Le Danois rit, et meurt. Dans le repos Tout rentre alors, et le berger tranquille Va retrouver son luth et ses troupeaux.

NOTES

Libre aa milieu de l'Angleterre esclave , Une tle étroite, et ceinte de roseaux Qu'un double fleuve abreuvait de ses eaux, Se dérobait à l'œil du Scandinave.

L'île d'Athelney ( /rwttia NohUium)^ formée par les rivières de Paret et de Thonne, avait échappé à Tinvasion des Danois, qui, maîtres du Northumberland , ravageaient toute la province de West-Sex.

« Les Danois, dit Speed, fondaient sur les pays étrangers, où ils inspiraient autant de terreur que Tépée qui sort du fourreau, ou que la mer irritée qui franchit ses rivages, et qui désole les pays qu'elle inonde. » Si la forme est ici un peu trop poétique, le fond n*en est pas moins vrai.

Et toi, Dévon, espoir de ma misère, Dans ce désert m'as-tu donc oublié ?

Le comte de Dévon, ami d'Alfred, connaissait le lieu de sa retraite , et devait lui envoyer un anneau d'or , signal du retour. En attendant , il rassemblait les Saxons dans la forût do Selhvood, à Textrémité du comté de Sommerset.

nerset la for«H solitaire.

substituer ici le nom générique du comté îulier de Sellwood , qu'il était difficile de

it, dis-nous, muse du Nord, gard le généreux transport, issant d'une si faible gloire, f, lui conta sa victoire, ainqueur ! mon fils ! à leurs coups ireux a donc pu te soustraire ?

seul contre eux tousl — Non, mon père ; j'avais Ecbert et vous. »

vu des feux du premier âge ^Igard reprendre tout l'éclat :

, ami, secondé ton courage!

1 encore au vieux soldat les honneurs d'un combat!...

3t plus. Toi, fllle aimable et chère, ent qu'Edvin n'est plus pour nous cur ; c'est le fils de ton père :

' il nous a sauvés tous ; > de le nommer ton frère. »

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Alfred à peine entend ces derniers mois :

De longs regrets poursuivent le héros; .

Il pense au jour de victoire et de fête

Oh, tout ensemble et monarque et soldat,

Poudreux encor de son dernier combat,

Du diadème il vit ceindre sa tète ;

Il se souvient de ses nombreux exploits,

Quand de l'État les plus fermes colonnes

Tombaient sans lui sous Teffort des Danois ,

Quand à leur joug il déroba sept fois

Son front chargé du poids des sept couronnes *.

Mais, de leur trouble à peine revenus,

Les compagnons du guerrier qui n'est plus

Ont emporté sa dépouille mortelle.

Au camp danois arrivés lentement.

Des yeux d'Ivar ils cherchent un moment

A détourner cette image cruelle.

Ivar accourt, frissonne, et dit ces mots :

a Auprès de vous je ne vois point mon frère ! »

L'un d'eux répond : « Il est avec son père ;

Comme son père il est mort en héros. »

Triste , et les bras croisés sur sa poitrine ,

Loin des guerriers Ivar alla s'asseoir.

Le scalde alors chanta : sous la colline

Le corps glacé reposait vers le soir.

Le jour suivant, à l'ombre fraternelle,

Ivar, tourné vers la tombe nouvelle ,

Jure, au milieu du funèbre festin,

• L'heptarchie saxonne

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De consacrer à la flamme éclatante Les deux captifs que leur fatal destin Doit les premiers amener sous sa tente.

Levant au ciel un regard furieux , U en attesta Odin Tincendiaire *, Et par le scalde en traits mystérieux L'affreux serment est gravé sur la pierre.

Quelques Danois, vainement poursuivis.

Qui, des forêts repoussés vers la plaine.

En ce moment arrivaient hors d'haleine, Viennent au chef apporter ces avis :

a Chef! au combat le Saxon se prépare; Le fier Anglais sort enfin du repos.

Un court trajet de leur camp nous sépare.

Et Sommerset voit flotter leurs drapeaux.

Ils sont nombreux : dans la forêt profonde, D'un vaste camp ils dressent l'appareil; Nous les verrons avant que le soleil Ait quatre fois plongé ses feux dans Tonde. » Ivar écoute, et dit à ses soldats :

a Amis, buvez. Le retour des combats D'un long repos vous épargne l'injure; Ne craignez plus de mourir sans blessure.

Gloire au guerrier noblement terrassé !

Malheur au lâche ! avec lui tout succombe :

L'oiseau d'oubli ** vient chanter sur sa tombe, Pour lui déjà l'avenir est passé.

* VIncendiaire est une des nombreuses dénominations d'Odin. ** Expression souvent employée dans les poésies danoises.

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Buvez. » Il dit; les clameurs se confondent, Et les échos en mugissant répondent.

Trois chefs alors s'approchent : « Noble Ivar,

Que des combats le jour enfin se lève I

Auprès du tien brillera notre glaive. »

C'étaient Usdal , et Tremnor, et Rismar.

Ces trois guerriers, qu'un même nœud rassemble,

Aux sœurs d'Ivar ont donné leur amour.

Du même flanc sortis le même jour,

Au sein des camps ils grandirent ensemble.

Leurs bras unis, sous le même étendard,

Frappent ensemble à. travers la mêlée,

Comme à la fois la fourche au triple dard

D'un triple coup fend la terre ébranlée.

Mais nul danger digne de leur valeur

Ne s'est offert ; de leurs armes encore

Nul attribut , nul signe ne décore

L'airain sans noms et l'acier sans couleur.

Ils ont juré leur chaîne fraternelle

De mériter une armure nouvelle.

Et dans ce jour veulent au prix du sang

Se délivrer de leur bouclier blanc.

Heureux, hélàs! si le sort de la guerre

N'ordonne point que les trois compagnons,

Unis toujours, emportent sous la terre

Leurs boucliers sans couleur et sans noms î

a De votre bras je connais la vaillance,

Leur dit Ivar; amis, souvenez-vous

Qu'en vous mes sœurs chériront leurs époux.

Et méritez une illustre alliance, o

Mais cependant ces filles de Recner, Prenant en main la navette de fer, A la lueur d'Une lampe magique, Sous le rocher qui s'élève à l'écart Ont commencé la trame fatidique Qui des Danois formera l'étendard.

Dans leur beauté moins aimable qu'austère, On cherche en vain l'abandon si touchant; Mais de leurs traits le noble caractère Peint de leurs cœurs l'héroïque penchant.

Leur front est pâle, et leur regard est sombre; Leurs noirs cheveux flottent désordonnés ; Et ces trois sœurs, se recueillant dans l'ombre, Des sœurs d'enfer aux regards étonnés Offrent ensemble et l'image et le nombre *.

Déjà -s'étend sur leur métier d'airain Le long tissu qu'attachent deux épées ; Et lentement leurs voix entrecoupées Chantaient cet hymne au sinistre refrain :

« Odin se lève ; Odin l'invulnérable

« A par trois fois demandé son coursier,

« Et des rameaux du frône vénérable

« A détaché l'étincelant acier.

« Sa voix puissante ébranle au loin la terre,

« Et retentit dans les antres du Nord.

« Formons, formons le tissu de la guerre ;

**0n supposait que trois déesses, messagères d'Odin, connues sous le nom générique de Valkyiies, aUaient au milieu des combats dispenser la victoire et désigner ceux qui devaient périr. Ces Parques du Nord s'appelaient Gadur, Roita, Shilda,

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c Ghanlons, chantons le refrain de la mort.

« De noirs corbeaux une troupe afiFamée « Au pied des monts vient de se rassembler, « Et, s'élevant entre la double armée, « Boit en espoir le sang qui va couler.

« Fiers combattants qui joncherez la terre ! « La Valkyrie a marqué votre sort, t Formons, formons le tissu de la guerre, « Chantons, chantons le refrain de la mort.

« Fatales sœurs ! épargnez notre frère ; a Gardez Ivar à nos embrassements .

« Vengez d'Ubba la couche funéraire, « Et toutefois protégez nos amants.

« Puissent leurs noms, terribles sur la terre, « Occuper seuls les cent harpes du Nord !

« Formons, formons le tissu de la guerre ; a Chantons, chantons le refrain de la mort. »

Et du corbeau, l'emblème du carnage, Sur Tétendard elles peignaient l'image % Non sans tracer les signes merveilleux Par qui des morts la cendre est réchauffée.

Et qu'autrefois, dit-on, la vierge-fée Devers Upsal apprit à leurs aïeux.

L'ombre s'enfuit, le jour blanchit les cieux. Et les trois sœurs travaillent sans relâche.

* L*étendard sacré des Danois 8*appelait Reiflein, mot qui daoa leur langue signifie cwbeau,

.iî46 ALFRED.

Le soir enfin Jes voit finir leur tâche, . En proférant des mots mystérieux.

Jvar des mains de ses trois sœurs chéries Avec transport reçoit le don sacré; Il le dévoue aux pâles Valkyries Et le suspend au chêne révéré.

rLe même soir, dans Tîle solitaire, Alfred songeait au trône héréditaire; <3uand tout à coup s'élève un bruit léger.,.

Sur l'autre bord un voyageur l'appelle.

A cette voix, Alfred vers l'étranger Guide aussitôt la légère nacelle :

.De son ami c'était le messager.

-« Au pâtre Edvin, conduis-moi. — C'est moi-même.

— Prends cet anneau ; j'ai rempli mon devoir. »

. Il dit, et part. Aux feux pâles du soir, Le roi pasteur, saisi d'un trouble extrême, Lut pour devise autour de l'anneau d'or Ces mots gravés : Sommerset I diadème !

Et s'écria : « Je suis Alfred encor ! »

Tel un enfant de la libre Helvétie Goûtait loin d'elle, au printemps de sa vie.

D'un nœud charmant l'innocente douceur.

Xe ranz du pâtre un jour se fit entendre.

A ces accents si connus de son cœur, Mal du pays, mal douloureux et tendre !

Dès l'instant même il ressent ta langueur.

Le lac d'azur, le chalet, la prairie, À sa pensée ont apparu soudain ;

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H voit déjà dans l'horizon lointain Fumer les toits de sa chère patrie.

Il reconnaît cette chaîne de monts Qui dans les airs lèvent leur tète blanche, Et croit ouïr dans les ravins profonds Mugir longtemps la bruyante avalanche.

En vain Tamour gémit : le lendemain, Abandonnant la plaintive étrangère , De la montagne il reprend le chemin, Et s'en retourne au pays de sa mère.

Tel est Alfred. Mais l'heure s'enfuyait, Et les troupeaux rentrèrent sans leur maître , Et d'Edvitha le regard inquiet Cherchait Edvin sans le voir reparaître.

De la chaumière elle sort en tremblant , Pose dans l'ombre un pied timide et lent :

Le moindre bruit l'arrête; elle frssonne Quand sur ses pas le vent qui tourbillonne A fait frémir le feuillage mouvant.

Se rassurant enfin, elle commence Du roi banni la touchante romance.

Qu'à ses côtés Edvin chanta souvent.

Alfred, plongé dans sa mélancolie.

Errait encore au pied du mont voisin ; De longs soupirs s'échappaient de son sein, II écouta la cadence affaiblie Du lai plaintif, et ces acents connus Qui jusqu'à lui bientôt ne viendront plus; Et, s'approchant de la beauté tremblante Qu'il croyait voir pour la dernière fois,

épéta fl'une voix triste et lente :

laignez Alfred et le destin des rois. »

lendemain, quand l'aube blanchissanlo ce à demi Tobscurité des cieux , pâle Edvin d'Edvitha gémissante it s'épargner les déchirants adieux, lit d'Olgard, qu'un faible jour éclaire, larche, et dit : « Bénissez-moi, mon pèrel pars. » Olgard soupire, et lui répond : B t'aimais trop, Edvin. Un deuil profond désormais attrister ma vieillesse ; manqueras longtemps à ma tendresse; s tu le veux, dispose ton départ :

[ge parfois à mon humble demeure; ' ton chemin si tu vois un vieillard, ige un moment à celui qui te pleure. »

is deux longtemps se tinrent embrassés, ard enfin s'écria : « C'est assez , î cher Edvin I à la mâle rudesse n vieux soldat sied mal tant de faiblesse, s; comme moi va servir ton pays ; s ; quelque jour tu reviendras, mon fils, reverras le vallon, la chaumière, î Edvitha peut-être!... mais alors vieil Olgard sera parmi les morts, rin du moins bénira ma poussière. »

LS son silence Olgard retombe. Enfin oursuivit d'une voix altérée :

« ce séjour, tu me l'as dit, Edvin, long trajet sépare ta contrée.

Aux durs mépris d une avare pitié

Je ne veux pas que le sort t'abandonne.

Je t'en supplie, Edvin... je te l'ordonne, •

De mon peu d'or emporte la moitié.

— Gardez un bien pour moi trop inutile,

Cœur généreux ! Ah 1 vous m'avez appris

Que le malheur, sans subir les mépris ,

Peut en chemin rencontrer un asile,

Des soins touchants et des hôtes chéris.

Une richesse et plus noble et plus pure

Est en vos mains. — Parle, et, je te le jure.

Tu l'obtiendras. — Cette écharpe d'un roi ,

De votre sang rougie... — Elle est à toi.

La voici; prends.— Mon pèrel... Ohl de ce gage

J'avais besoin pour garder mon courage.

Bénissez-moi. » Sur Alfred à genoux

Le bon vieillard étend ses mains, et prie.

Alfred se lève : « Adieu, séparons-nous.

Il en est temps. Du jour qui vient de naître

Je vois déjà s'agrandir les rayons ;

A nos regards Edvitha va paraître...

Dites-lui bien... C'est elle! Adieu, fuyons. »

Et, s'échappant au fond de la vallée,

Il disparaît. Edvitha désolée.

De son malheur instruite, mais trop tard,

Tonibe en pleurant sur le sein du vieillard.

Tendre Edvitha! seul avec ton image, Edvin distrait s'égara tout le jour.

Quand la nuit vint, sous l'humide feuillage Il s'étendit, et reprit son voyage

SmO ALFRED.

Dès que Taurore aux cieux fut de retour.

Mais, ô surprise! un sentier le ramène Vers le séjour que la veille il quitta ; Il reconnaît sur la rive prochaine Uhumble cabane où respire Edvitha, Et cet aspect l'attendrit et Tenchaîne.

Le fleuve ainsi, de détours en détours, Toujours fuyant et revenant toujours, Laisse à regret la rive accoutumée, Où Taubépine et la rose embaumée Charmaient ses flots et parfumaient son cours. Son cours l'appelle au séjour des orages :

Mais en quittant ces bords délicieux , Le fleuve encor se plaît sous leurs ombrages ; A la prairie, aux parfums, aux rivages Il semble encor murmurer des adieux.

Edvin s'écrie ; a Est-ce un avis suprême Qui vers ces lieux vient de me rappeler?

Où vais-je, hélas! L'incertain diadème Vaut-il le sang qui bientôt doit couler?

Du toit que j'aime, ah! pourquoi m'exiler?

Cachons mes jours sous le paisible chaume :

Fille d'Olgard tu les embelliras.

Ces prés, ces bois deviendront mon royaume, Et mes sujets ne seront point ingrats. »

Disant ces mots, prompt comme la pepsée, Il s'élançait au rivage prochain.

Lorsque d'Ecbert l'écharpe balancée Frappa ses yeux... Ce ne fut point en vain.

Son front rougit, incliné vers la terre; Et jusqu'à l'heure où la nuit solitaire

yGoogk

Revint tomber sur les bois obscurcis, De son aïeul il vit l'ombre royale Qui, d'un pas ferme, à ses pas indécis Ouvrait la route, et qui par intervalle Le regardait, en disant : « Sois mon fils. »

NOTE

Il pense au jour de victoire et de fête, Où tout ensemble et monarque et soldat, .

Poudreux encor de son dernier combat.

Du diadème il vit ceindre sa tête.

Alfred monta sur le trône, à Winchester, ea 871, après^ une victoire qui avait ranimé Tespérancc et le courage des Saxons.

Du beau ramier gémissante compagne, Que cherches-tu ? Sans espoir de retour, Ton jeune ami délaisse la montagne; Du toit d'azur qui couronne la tour Prenant son vol dans un ciel sans orages,.

Il n'ira plus au vallon d'alentour Te retrouver sous les riants ombrages.

Douce colombe ! au moins en ta douleur

Tu ne sais pas quel danger le menace; Tu ne sais pas quelle Imprudente audace Lui fait braver les rets de l'oiseleur.

Fille d*01gard ! tu gémissais comme elle ; Gomme elle en proie à de mortels ennuis, Dans la langueur et dés jours et des nuits,

^Tu déplorais une absence cruelle.

Au bord des eaux tu le cherches; tu crois, Sous la fraîcheur de la feuille légère,

' Entendre encore et ses pas et sa voix :

Non ; c'est le bruit de la feuille des bois , C'est du vallon la biche passagère.

Le soir assise a côté de son père,

Elle lui dit, et non pas sans rougeur *

« Votre Edvitha doit vous ouvrir son cœur.

J'aimais Edvin, je l'aimais plus qu'un frère...

Mais d'un penchant si fatal et si doux

Edvin jamais ne surprit le mystère ;

Il n'est connu que du ciel et de vous.

— Edvin t'aimait I — Respectueux et tendre , II se taisait, mais parfois un regard Timidement savait se faire entendre.

— De ton Edvin j'ai pleuré le départ;

Dans ton Edvin j'eusse embrassé mon gendre ; Et ton bonheur... — Mon père, il est trop tard. A le revoir je n'ose plus prétendre.

Qui sait, hélas! en sa route égaré, Edvin peut-être aux périls est livré?...

Ah ! dissipez mon trouble involontaire...

yGoogk

Dans la chapelle antique et solitaire , Au fond des bois un ange est révéré; Des voyageurs c'est Tange tutélaire.

Allons tous deux le prier pour Edvin, Jamais, mon père, on ne le prie en vain.

Pour un seul jour quittons notre ermitage.

— Ton vœu me plaît, et mon cœur le partage, » Répond Olgard. Et, dès le lendemain, De la chapelle ils prirent le chemin , Pour accomplir leur saint pèlerinage.

Alfred, hélas! a besoin de leurs vœux.

Errant, perdu sous des bois ténébreux.

Des noirs taillis, non sans inquiétude.

Il traversait la morne solitude.

Ses traits pâlis de sueur sont trempés; La soif le brûle, et la faim le dévore; Et les lueurs du perfide Phosphore Loin dii sentier guident ses pas trompés.

Le vent mugit dans la cime des chênes; Les loups-cerviers hurlent; sur son chemin, II les entend, aux cavernes prochaines, Se disputer quelque ossement humain.

A son oreille incessamment frappée Dans le lointain se prolongent les cris De ces corbeaux que sa vaillante épée"^ Du sang danois a si longtemps nourris.

. Durant deux jours, durant deux nuits entières. Le gland du chêne et Therbe des bruyères Du roi proscrit furent le vil repas ; La ronce aiguë et la sanglante épine

;hiraient sa poitrine •, les sentait pas.

l*âme oppressée, , et le sommeil ère lassée, isolant sa pensée, jr son réveil, ive de lumière lit à sa voix, ilture et sans lois î première.

B retracé, ï et de sagesse % irdente jeunesse iirces du passé, agnificence Romains , illes mains

îeau de la puissance.

, les guerriers jurs tombes muettes; 1 poètes, de lauriers.

»rotte fleurie, une autre Égéric, ne voix

leillent les rois, oble Angleterre salutaire.

yGoogk

Bientôt il donne à ses vastes projets L'appui des lois sagement dispensées.

Monarque et père, il veut voir ses sujets Libres toujours ainsi que leurs pensées*.

Les grands soumis, par leurs égaux jugés '% Sont tour à tour et vengeurs et vengés; Et, contenu par un pouvoir suprême, Le peuple, fier de ses droits protégés, Trouve son juge au sein du peuple môme.

Alfred s'éveille ; et ce grand avenir A de ses maux chassé le souvenir.

L'espoir renaît dans son âme accablée.

Mais quel aspect pour son regard ravi!

Du roc altier que ses pas ont gravi, Il aperçoit la plaine et la valZ:^.

Impatient, il sort de la forôt, Cherche, et déjà son trouble recommence.

Quand à ses yeux confusément paraît De Tennemi la forteresse immense.

Pourquoi faut-il que ses pas ralentis, Par la fatigue enfin appesantis.

Secondent mal Tardeur qui le dévore !

Mais les échos de la roche sonore A son oreille apportent à la fois Les rauques sons des trompes du Danois., Et des clameurs plus bruyantes encore* De quel bonheur Alfred est enivré I

* Mot d'Alfred lui-même dans son testament.

** L'institution du jury.

yGooQle

rapide il franchit la distance mois le tenait séparé, d'eux passe sans résistance, îvar a bientôt pénétré.

I Ivar la fureur vengeresse sait sa fatale promesse ; iptifs, dès l'aurore amenés, rir au bûcher condamnés, [line oti repose son frère

nt lui ; le dévorant brasier imer et la fille et le père, lés dans l'homicide osier.

auté qu'à la flamme on destine 'Ivar charmer le désespoir...

t Ivar, regardant la colline, ; plus, je ne veux point la voir. »

ur vigilant et sévère

dain : « De la terre étrangère

u vient d'arriver ici.

le saisisse I — Il a nommé ton père.

îste libre et vieinne ! — Le voici.

II ? — Edvin. — Ton pays? — La Scanie.

veux-tu, jeune barde? — Te voir,

ath essayer le pouvoir, nseigna la divine harmonie ?

re. — Chante, et je vais le savoir. »

'un père ô puissance suprême I ir se sent ému lui-môme

yGoogk

Au nom chéri devant lui prononcé.

A ses regards soudain se représente Du vieux Recner l'attitude imposante.

Quand , tout entier de serpents enlacé»

Il acheva son hymne commencé.

Quelques moments Edvin reste en silence; 11 se recueille, et, bientôt inspiré, Confie nu luth ce chant non préparé Qu'Ivar écoute, appuyé sur sa lance :

a Le grand Odîn me recommande à toi, « Fils de Recner, honneur de sa mémoire !

« Je sais un chant qui donne la victoire ; (( Recner jadis le répéta pour moi.

(( Je sais un chant qui soumet à sa loi « Le noir sépulcre et la mort éternelle :

« Le corps glacé que par trois fois j'appelle « Se lève et vient converser avec moi.

« Je sais un chant que la ûlle du roi « Voulut apprendre : elle était jeune et belle, « Mais ce doux chant qui rend l'amour fidèle» « Je l'ai gardé pour ma sœur et pour moi.

<( Je sais un chant qui dissipe l'effroi :

« Ton père encore à son heure suprême « Le redisait ; je le redis moi-même, « Quand les serpents sifflent autour de moi.

« Je sais un chant qui sur le front d'un roi

« Peut replacer la couronne usurpée ; « Du plus vaillant il fait tomber l'épée...

a Et dès demain tu l'apprendras de moi. »

« Ton chant me plaît ; je veux Tenitendre encore,

Barde, et ta bouche a dit la vérité.

La voix des vents dans le chêne agité,

Le bruit lointain de la vague sonore.

Même l'accent des beautés que j'adore,

Ont moins d'attraits pour mon cœur enchanté.

Reste avec nous; et si la Valkyrie,

Le doigt tendu, me désignait au fer.

Pour qu'en riant j'abandonne la vie.

Tu me diras la chanson de Recner.

YiensI Tu parais fatigué du voyage :

Dans les longs flots d'un savoureux breuvage

Goûte le suc de nos miels les plus doux.

A ce lait pur joins la hure sauvage

D'un sanglier qui tomba sous mes coups. »

Edvin s'assied. Une chair succulente

A ranimé sa force chancelante.

Le front moins pâle, il se lève. Soudain

Avec transport Ivar saisit sa main :

« Vois-tu d'ici la flamme qui pétille?

Dans cette flamme un vieillard et sa fille

Avant la nuit termineront leur sort.

Tu chanteras leur cantique de mort.

— Non, dit Edvin; c'est pour une autre fêle,

Ivar, et non pour celle qui s'apprête,

Que je réserve un cantique sacré.

Fils de Recner I crois un barde inspiré :

CHANT TROISIÈME. |2o9

Un dieu m'a dit, et je viens te redire Qu'un autre sang en ofiFrande est promis, Le sang d'Alfred : Alfred encor respire ; Le sort d'Alfred en tes mains est remis.

— Alfred! Alfred!... cria d'un ton farouche L'affreux Ivar, le rire sur la bouche.

— Un dieu l'a dit, reprend Edvin. Souvent Les dieux du ciel au barde solitaire

Ont révélé les destins de la terre.

Tes yeux dans peu verront Alfred vivant; Retiens ces mots que ma bouche profère ; Il est vivant; j'en jure par ton père.

— Serait-il vrai, barde?... Que m'as-tu dit?

D'étonnement je demeure interdit.

Des prisonniers voués au sacrifice En ta faveur je suspends le supplice ; J'en jure Odin. Mes scaldes assemblés Sous le vieux chêne, à l'heure des ténèbres, Commenceront les mystères funèbres ; A leurs accents les tiens seront mêlés.

Évoque Alfred ; il t'entendra peut-être. »

Alfred répond : a Dans le combat prochain Je te promets de le faire apparaître.

Crois-moi : jamais je ne promis en vain.

— Si jusque-là s'élève ta puissance, S'écrie Ivar, de ma reconnaissance Je te destine un gage solennel.

Oui, dans ma coupe épuisant l'hydromel, Tu dormiras sous ma tente dorée ; Les chants d'amour berceront ton sommeil : Le lendemain, de la vierge éplorée

it j'ordonnais le mortel appareil

recevras le baiser du réveil ,

m pudeur sera pour moi sacrée. » '

)me il parlait, du soleil qui s'enfuit traits mourants dans Tonde s'affaiblissent Ides, venez ! Que les harpes s'unissent os refrains plus tristes que la nuit !

K)nt rangés autour du chêne immense

rit lugubre au même instant commence;

quatre fois dans les antres du Nord

;it le son du bouclier de mort.

s des faucons la cavale égorgée,

I lueur du chêne étincelant ,

débattait sur le tertre sanglant :

is le sang pur la coupe s'est plongée,

s à la ronde elle va circulant.

1 assistants la lèvre s'y colore.

•ed , prenant la coupe tiède encore :

anois, dit-il, ne réservez qu'à moi

chant de mort... Ivarl je bois à toi.

lis tout bas les paroles sacrées*;

n ne résiste à leurs charmes puissants.

Ides! touchez les cordes inspirées, /

^u'à ma voix répondent vos accents ! » f;

caldes, chantez 1 Sur l'autel du carnage

tts runiques, langage mystérieux enseigné par Odin , ot algaire.

CHANT TROISIÈMB. SCI

a Est attendu Taigle tombé des cieux ; a Assez longtemps au fond du marécage « II a caché les éclairs de ses yeux.

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