A MON BERCEAU
Frôle berceau , premier asile Qui protégeas mes premiers ans, Édifice comme eux fragile I Reçois le tribut de mes chants.
Les soins d'une mère chérie Te gardaient à mon souvenir; Et sous le ciel de la patrie Ma douce et longue rêverie Avec toi vient s'entretenir.
Tel au retour d'un grand vo} âge Le nautonier, battu des mers.
Conte les maux qu'il a soufferts Au compagnon de son jeune âge. Que sont devenus ces moments Où les tendres sœurs de mon père
Me rendaient trois fois une mère, Condamnée à de longs tourments; Où, dès la renaissante aurore, Le père que je pleure encore Respirait mon souffle incertain; Où , près de lui , son noble frère Disait : a Je suis aussi ton père, »
Et rêvait mon futur destin 1 Ces deux amis de mon enfance Dorment sous la tombe; et mes yeux.
Privés de leur douce présence , Ne les re verront plus qu'aux cieux.
Heures douces et passagères Où les amertumes légères . De Tenfance sont les malheurs!
Age d'innocence et de grâce.
Où, pour elle, un si court espace Sépare les ris et les pleurs !
Que je regrette votre fuite I Gloire, plaisirs, fortune, amour, Caressant mon âme séduite.
Vinrent me bercer à leur tour.
Perfide attrait ! faveur cruelle !
. C'est ainsi que l'onde infidèle
Balance d'abord mollement La fragile et vague nacelle Qu'engloutit son gouffre écumant.
Tout m'a trahi, le bonheur même.
J'aimai, j'aimai d'amour extrême; Comme j'aimai , je fus chéri.
yGooQle
Elle était jeune, aimable et belle...
Et quatre fois Therbe nouvelle Déjà sur sa tombe a fleuri.
Avant de quitter la lumière, Elle me dit : « Ne pleure pas. , Tôt ou tard tu me rejoindras :
Seulement je pars la première. »
Et moi, fidèle à mes ennuis, Au murmure des vents d*automne Dès que le triste oiseau des nuits Mêle sa plainte monotone.
J'écoute, et d'instants en instants.
Il me semble sous la ramée Ouïr cette ombre bien-aimée Qui vient me dire : a Je t'attends. »