ODO COMES. Tète couronnée, de face
iV -^ REMIS CIVITA. Croix, autre variété barbare du précèdent (1).
Ces deux pièces, publiées par M. de Saulcy, ont été accompagnées d'une biographie si pleine d'intérêt de Tambîtieux comte de Blois et de Champagne, que je suis dispensé de revenir sur ce sujet. Je me bornerai h remarquer que la têto d'un baron sur la monnaie, est une chose unique au xi° siècle, et que, près de deux siècles encore après, les comtes de Provence étaient les seuls qui se fissent représenter sur les espèces qu'ils faisaient fabriquer.
Avant même la mort d'Eudes de Blois, Ebles, archevêque de Reims (1021-33), avait réuni à la monnaie de cette ville, celle de Mouzon, qu'il avait enlevée au monastère de Saint- Vannes (2). Ce fait est attesté par une charte rapportée dans le Gallia Chnstiana,
Seize ans après Ebles, Guy occupa le siège de floims.
Deux variétés de sa monnaie nous sont connues. La première, qui doit être la plus ancienne, à en juger par la simplicité du titre de prœsul qu'y prend l'archevêque, a été publiée dans \si Ntimismatiqtie du moyen âge (3). J'ai moi-même décrit la seconde (4), qui appartient à M. Dassy. Voici leurs légendes.
(1) 1\tvue mouism.f 1838, p. 199.
(2) Oait. christ., l. 1.
(3) T. I, p. 199 et pi. VIII, u» 11.
(4) Monn. franr, inéd, du cabinet de M, Dassy, p. 38, u» G3.
WIdO, en deux lignes, dans le champ ; autour + REMOR' PRESVL.
1^. + VITA XPISTIANA. Croix cantonnée d'un A et d'un n.
WIdO; autour REMOR' ARCHIFSVL.
^. + VITA XPISTIAHA, Croix.
Le savant M. Lelewel considérait le denier de Guy comme la plus ancienne pièce épiscopale marquée d'un nom déterminé. Mais à l'époque où il faisait cette observation, M. Desains n'avait pas encose publié sa belle série de monnaies des évèques de Laon, dont quelques-unes, comme on le sait, sont contemporaines de Hugues-Capet et de Robert (1).
Le successeur de Guy, Gervais (1055-70), chancelier de France et homme fort distingué pour son temps, introduisit sur la monnaie de Reims, un monogramme du genre de ceux do Foulques d'Anjou, et de Herbert du Maine, type qui était, si Ton peut s'exprimer ainsi, devenu contagieux.-
Le denier et l'obole que j'ai publiés, portent les légendes suivantes.
GERVASI, en monogramme; autour 4- ARCHIPRAEZVLIS.
l\. REKENSIS NMMVSS * {sic) * Croix cantonnée d'un trèfle et d'un besant (2).
Un denier à peu près semblable, que M. Desains a eu l'obligeance de me communiquer, présente un monogramme dont les lettres sont disposées d'une façon qui diiïère légèrement ; les légendes circulaires ne sont pas non plus identiques :
-f- ARCHIPRAESVLIS.
i^. -h REWENSIS NNMMVS. Croix. (Voyez p. 102, n* 2.)
Une pièce entièrement inédite, que renferme le beau cabinet de M. Bourgeois, à Suippes, porte le nom de Manassèsau revers du monogramme de Gervais, devenu ainsi une espèce de type. Je crois pouvoir l'attribuer à Manassès V^ (1067-69.)
+ M"ASS€S ARCHIEPC. Croix cantonnée d'une quatrefeuille et d'un annelet.
t^. SCE ^ARIE REMENSIS. Monogramme. (P. 102, n» 3).
(1) Hechetxheit sur les monn. de Laon, 1838, pi. i, d<>*1 à 9.
(2) Monn, franc» inéd, du cabinet de M. Daisy, p. 35, u«* 69, 70.
Lu titra à' Arcbipraesul & dispani de la monnaie de Reims; (■K])ortdaiit il n'était pas entièrement tombé en désuétude, rar tin le voit tîjriiivr dans une lettre de Bninon, archevêque de TK'vest.adtt'sséfi» Raoul, archevêque de Reims (1116-24) (4).
J'avais r&ns:i< k l'épiscopat de Gervai», un denier d'argent dont vt'iot la description : REMIS METROPOLIS. Monogramme llinuo dt's lettres CRAI. iV SANCTA ^ARIA- Croix cantonnée (ït> doux trètles presque^ semblables k de grossières tleurs de li* ci). J'avais fait observer cependant que cette pièce me semblait moins ancienne que les précédentes. Aujourd'hui que le denier de Manassès est venu me prouver que le grand G carré du monogramme de Gervais jouait sur la monnaie de Reims le même rôle que le C du uom de Foulques d'Anjou »ur les deniers de tant de barons, je crois que l'on peut considéivr celte IcUre conmie siipcrllue, et voir dans les trois autres RAI, la première partie du nom de Rainaud I" (1080-96), ce qui s'accorde bien mieux avec la fabrique de la pièce.
Un autre denier, que M. Rousseau m'a autorisé à étudier, est venu modifier aussi l'allribulion que j'avais faite d'une monnaie du cabinet de M. Dassy, à Rainaud II (H 24-37) (3). tVest à Raoul, son prédécesseur immédiat (1106-24), qu'il faut la reporter. La croix du revers, qui paraissait en creux du c6té du monogramme, défaut qui n'est pas rare au moyen âge, m'avait, je dois le dire, fait déchiffrer les lettres RND., tandis que le second denier, dont les légendes circulaires sont cependant fort maltraitées par le temps, m'a permis de retrouver la véritable leçon.
RODLF en monogramme; autour, -f- ARCNIEPI.
^. +NVjn' REÂÏSIS. Croix cantonnée de deux (leurs de lis et de deux besants. (P. 102, n° 4.)
Je considère l'espèce de cadre qui lie entre elles toutes les lettres du monogramme de Rodulfus, comme la dernière trace du G cnrré de Gervais.
(1) Uoiu Mui'leuDC, Ampl. eolUel,, l. Il, p. BU.
(2) Moitii. fi-aii';. inéil. du ta'riael de il. Dnssy, p. 3o, n"!!.
(3) Ibid., p. 36, n" 12.
Samson do Mauvoisin (1140-1161) rétablit, sur la monnaie, le nom épiscopal complet et divisé en deux lignes comme à l'époque de Guy. Duby a publié celte monnaie qu'il répèle deux fois, ayant pris la copie inexacte de M. de Boze pour une variété réelle des deniers qu'il avait sous les yeux.
SAN-SON en deux lignes; autour, X ARChKPISCOP.
I^. X REQT^IS CIVITAS. Croix cantonnée de deux fleurs do lis.
Henri P', frère do Louis le Jeune (4162-75), en succédant à Samson, adopta lo type do sa monnaie. M. de Boze, on attribuant à ce prélat le denier que Ton trouvera dans Duby (pi. vHi, n* 3), était tout à fait dans l'erreur. Il avait cru voir AINRICVS, là où il n'y a pas autre chose que ALBRICVS; en sorte que Duby, qui reproduit toujours de confiance les dessins de M. de Boze, so trouve avoir donné, dans sa planche vuT, quatre figures différentes d'une seule et nfême pièce, qui existe au cabinet de la Bibliothèque Royale, où il est facile de contrôler la vérité de ce que j'avance ici.
Mais si j'enlève à Henri I" les monnaies qui lui avaient été attribuées pendant si longtemps, j'y substituerai un denier incontestable dont notre collaborateur, M. Duchalais, a bien voulu enrichir mon travail.
HEN-RIC* en deux lignes ; autour, XARChlEPISCOP.
1^. XREQT^IS CIVITAS. Croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux croissants. (Voy. p. 102, n** S.)
Viennent ensuite les monnaies de Guillaume 1*% aux blanches mainsy quatrième fils de Thibault IV, comte de Champagne (1176-1202.)
GVLE-RMVS, en deux lignes ; autour + ARChlEPISCOPVS.
^. + REOIS CIVITAS. Croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux croissants.
Une variété de ce denier et une obole, sans doute un peu plus récents que la pièce qui précède, nous montre le mot ARCHIEPISCOPVS, avec un H romain.
Je n'ai pu trouver do monnaies de l'archevêque Guy II (1202-1206); mais celles d'Aubry, son successeur (1207-18), sont assez nombreuses.
ALBRHCVS, en deux lignes; autour, + ARCHIEPISCOPVS.
1^. -f- (TREIS CIVITAS. Croix cantonnée de deux fleurs de lis et deux croissants
L'obole, au même type, existe dans le cabinet de M. Dassy.
En transcrivant la légende nominale de cette pièce, Duby introduit un e dans le nom du prélat, ce qui est tout à fait inutile; puis il traduit Albericus par Albert, nom qui n'est pas réquivalent du latin, en même temps qu'il n'est pas français, car au xni« siècle on aurait à coup sur écrit Aubert. La chronique de Lowe dit : anno 1206 Vido obiit, Albricus eligitur (i).
L'attribution du denier qui suit, à Guillaume II de Jotnville (1219-26), ne repose que sur la différence d'orthographe du nom. Il est vrai que la forme Gulermus fut abandonnée à peu près vers la fin du xu* siècle ; mais alors même qu'elle était en usage, son emploi n'était pas exclusif, puisque des chartes nous donnent le nom de Guillaume aux blanches mainsy orthographié Guillelmus et Willelmus (2).
GVLE-LMVS, en deux lignes; autour 4- ARCHIEPISCOPVSet XREQTIS CIVITAS. Croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux croissants.
Le fils du comte Robert de Dreux, Henri, évèque de Gâta* logne, fut promu, en 1226, au siège de Reims. Ses monnaies, denier et obole, sont décrites par Duby.
HENR-ICVS en deux lignes; autour + ARCHIEPISCOPVS.
% XREOIS CIVITAS. Croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux croissants. L'obole porte ERCTIS au lieu de Remis,
 Henri II succédèrent quatre prélats, Johelle, Thomas, Jean et Pierre, dont les monnaies nous sont inconnues ; mais le denier de Robert (1299-1324), unique, à ce que je crois, ot qui existe à la Bibliothèque Royale, fait voir qu'au commencement du XIV* siècle le type des monnaies de Reims s'était conservé dans ses traits principaux.
ROB€-RTVS en deux lignes; autour, ARCHI€PISCOPVS.
(1) Brève chronicon Lahieme.
(2) Dom Marleiino, t. III, p. 1409 et t. V, p. 657.
iV REQUIS CIVITAS- Croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux étoiles, non pas de deux croissants eomme le niuntre la planche de Duby.
r.et auteur donne encore un denier de Guillaume III (1324-;Uj avec le nom de l'archevêque écrit WILLE'LMVS; mais nous sommes en droit de nous défier des emprunts qnr Duby a faits à M. deBoze, et pour mapart je regarderai comme IrJiH douteuse l'existence de cette pièce que je n'ai jamais vae dan» aucune collection.
Quoique nous soyons arrivés au milieu du w siècle, la liste des monnaies épiscopales de Reims n'est pas encore épuisée ; il me reste à faire connaître un monument du plus haut intérêt : c'est un gros d'argent magnifique qui appartient à M. Desains. Les lecteurs de la Revue auraient sans doute préféré devoir à cet amateur si zélé l'explication d'une des plus rares médailles de son cabinet. Il a bien voulu renoncer à ce travail en ma faveur; si celapeut exciter quelques regrets parmi les antiquaires, moi, du moins, je ne puis que lui en témoigner ma reconnaissance.
+ I : Dl : GRA : REM ARChlEPS. Ecu losange devant lequel passe une longue croix iréflée, et soutenu par un lion couché.
1^. + SIT : NOMEn : DDI : BENEDICTV. Croix cantonnée de quatre fleurs de lis, (P. 102, n" 6.)
. Jean III, fils d'Amaury III, seigneur de Craon, et de Mar^ guérite de Flandres, d'abord chanoine de Paris, puis évèque du Mans, devint archevêque de Reims en I3S3. Il fut envoyé par le dauphin Charles, avec le maréchal de Boucicaut, pour rétablir la paix entre Jeanne, duchesse de Bretagne, et te comte de Monlforl, le 3 avril 1358.
Le 19 mai 1364, il sacra Charles V et sa femme Jeanne de Bourbon. Dans la suite il baptisa leur second fils, Louis d'Orléans. Il mourut à Paris, le 26 mars 1373, dans l'hàtel des archevêques de Reims, et fut inhumé aux Franciscains.
Les armoiries de Jean de Craon étaient : losange d'or et de gueules, qui est de craon, écartelé d'or au lion de sable, qui est de Flandres. Le gros d'argent nous montre l'écu de Craou
SUR QUELQUES MONNAIKS INÉDITES DE KEIMS. 103
pur, mais soutenu par le lion de Flandres, qui prouve bien que le prélat n'était pas fils de Béatrice de Roucy, comme quelques-uns l'ont avancé.
La médaille de Jean HI donne lieu de penser que l'on pourra en retrouver de frappées par les quatre archevêques qui l'ont précédé sur le siège do Reims. En attendant que d'heureuses découvertes nous permettent de compléter cette collection, je livre aux numismatistcs ce travail dont le résultat est une liste de prélats double de celle que Duby nous avait laissée.