‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 218 sur 280 · ÉVÊQUES D'AMIENS · texte numérisé non relu

ÉVÊQUES D'AMIENS

Foulques II (1031—1058).

FVLCO EPISCOPI. Croix.

f^. AMBC. ? Tjrpe composé de deux frontons de temple, opposés, entre lesquels sont deux T.

Denier d'argent bas. Poids 0,70 gramm., page 276, n*» 2.

Ce qui frappe au premier coup d'œil, dans ce denier, c'est sa ressemblance avec les deniers de Normandie qui se trouvaient en assez grande quantité dans le trésor de Rome. Ces monnaies, qui remplissent deux planches de la Revue numismatique (1), présentent des légendes barbares, dans lesquelles, en comparant entre elles toutes les variétés, on reconnaît le nom de Richard, extraordinairement altéré, accompagnant un temple tellement déformé qu'il serait méconnaissable, sur plusieurs deniers, si l'on n'avait pas de points de comparaison. On admettra sans peine qu'il a fallu, pour que ce type monétaire dégénérât de cette façon, un temps assez considérable, et Ton comprendra par conséquent la raison qui me fait attribuer ces deniers aux princes Richard III, Robert et Guillaume le Conquérant (1027-1087).

Maintenant, s'il eût existé parmi les archevêques de Rouen du XI' siècle un prélat nommé Foulques, on aurait pu revendiquer pour lui la monnaie que j'ai précédemment décrite, et dont la légende, au revers, est, il faut le dire, tellement usée

(1) Article 80UB presse. '

qu'on ne peut en tirer de motif certain en faveur d'aucane ville. Mais dans la liste des archevêques de Rouen on ne trouve pas de Foulques, et parmi les évèques suffragants d'Avranches, de Bayeux, de Coutances, d'Évreux, de Lisieux et de Seez, on ne connaît qu'un Foulques, à Lisieux, en 1250. et un autre prélat du même nom, à Avranches, en 1358, dates beaucoup, trop modernes pour notre monnaie. Dans les évechés voisins de la Normandie, le nom de Foulques est tout aussi rare ; et Tévêque de Beauvais qui l'a porté pourrait seul nous arrêter, quoique l'époque à laquelle il a vécu (1089- 1095) soit peut-être un peu récente.

Que l'on considère, d'un autre côté, les dates extrêmes do Foulques II, d'Amiens (! 031-1 088), qui coïncident d'une manière si exacte avec celles des princes dont les monnaies composent le trésor de Rome, l'origine de ce prélat qui était fils de Dreux, comte de Vexin, et neveu d'Edouard, roi d'Angleterre, frère de Gautier III, comte d'Amiens, par conséquent un puissant seigneur, et l'on ne s'étonnera pas de cette attribution qui lui donne une monnaie, trouvée avec celles de son frère et de son oncle et portant un type en usage chez le duc de Normandie, suzerain des comtes d'Amiens.

Je ne parle pas de la légende du revers parce que, ainsi que je l'ai déjà fait observer, elle est trop fruste pour fournir une preuve ; telle qu'elle est cependant, elle ne détruit aucunement ma conjecture, puisque les débris de caractères que Ton y reconnaît semblent la favoriser. Le seul fait embarrassant qui surgisse dans cette question, c'est l'existence parallèle des deux monnairies, du comte et de l'évêque, dans la même ville, surtout lorsqu'on lit dans une charte de Henri I*' (1050) : adhortante nos Fulcone, episcopo Ambianemi, et Galtero comité, ad quem Ambianicœ civitatis administratio pertinebat, concedente. A moins toutefois que les privilèges mentionnés dans cet acte ne comprennent le droit de monnayage que semble impliquer l'administration de la cité. On se rappellera aussi qu'à Reims, à Narbonne, à Carcassonne, les droits monétaires ont été exercés par les comtes et les évêques.

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