JEANNE SEYMOUR, CRAMMER
CRAMMER
«I E puis donc sans témoins vous parler en ces lieux Que j'avais si long-temps interdits à mes yeux ! Au récit imprévu du malheur de la Reine, Madame, un saint devoir à Londres me ramène; Et du pied des autels, au pied du trône admis, J'oserai m'opposer à ses vils ennemis.
La voix des courtisans, voix trompeuse et funeste. Lui reproche à grands cris l'adultère et l'inceste : Parmi ses détracteurs je ne puis vous compter; Je vois le rang superbe où vous devez monter: Un trône vous attend ; la route en est ouverte :
La Reine vit encor, mais le Roi veut sa perte. Je connais son dépit et son nouvel amour, Et je connais aussi les vertus de Seymour.
Votre cœur me prévient , et se plaît à m'entendre : Ah! ne repoussez pas un intérêt si tendre; Et, si contre Boulen tout s'unit aujourd'hui, Que sa rivale au moins devienne son appui !
Assez d'autres sans moi, pleins d'un servile zèle. Flatteront désormais votre grandeur nouvelle : Je dois à l'innocence apporter mon secours.
Ma bouche connaît peu le langage des cours; Je n'entre point ici pour approuver les crimes. Et des prêtres flatteurs j'abhorre les maximes. Je ne veux point, madame, unir à l'encensoir Les soins du ministère et l'abus du pouvoir : Loin de moi ce désir impie et sacrilège!
Je prétends réclamer le plus saint privilège. Par nous la vérité doit aller jusqu'aux rois: Près de mon souverain j'exercerai mes droits. Puisse un Dieu qui toujours a prêché l'indulgence L'éclairer par ma bouche , et fléchir sa vengeance !
JEANNE SEYMOUR
Pontife respecté , vos désirs sont les miens : Servons tous deux la Reine, et soyons ses soutiens. Soumise à son empire, élevée auprès d'elle, Je garde à ses bienfaits un souvenir Adèle.
D'un rang trop périlleux si j'aimais la splendeur, Voudrais-je par un crime acheter ma grandeur?